2 novembre au Iata Version imprimable Suggérer par mail
27-08-2015
Le Iata fut pendant de nombreuses années une colonie agricole. Elle connut un temps de gloire à l’époque de la voie ferrée. De nos jours n’habitent dans ce village que des agriculteurs et des pêcheurs. Dom Rey fit construire là aussi une petite église restée coquette et bien entretenue grâce au diocèse et aux habitants du lieu.

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Sous le flamboyant, près des tombes.

 
Le 2 novembre je suis partie avec Dom Benedito et les moniales pour assister à la messe des défunts au Iata à une vingtaine de kilomètres de Guajará. Une jolie petite route entre des pâturages où paissent des vaches plutôt efflanquées. À mi-chemin, Dom Benenedito s’écrie : « ce n’est pas possible ! » et se met à tapoter le tableau de bord. Le clignotant d’essence indique que le réservoir va être vide. Aucun poste dans le coin. On continue donc. Et voilà que le clignotant s’éteint, le moteur s’arrête. Panne sèche… on est pile devant le cimetière. « Comme Jésus est bon ! » s’exclame Dom Benedito. En effet, bousculant les habitudes, Dom Benedito avait décidé de célébrer la messe, non pas à l’église, mais dans le petit cimetière tout près…
Nous sommes en avance, mais déjà les gens sont là, certains groupés, d’autres éparpillés autour des tombes. Le cimetière est coquet ; la terre a été ratissée. Aucune mauvaise herbe nulle part.
Près de l’entrée, une petite table en plastique recouverte d’une jolie nappe blanche brodée, quelques chaises, un joli bouquet dans une boîte de conserve entourée d’un papier crépon au pied de ce qui fait office d’autel, et voilà, la messe peut être dite. Ceux qui étaient un peu disséminés se rapprochent. Dom Benedito a revêtu ses habits liturgiques et la célébration commence, à l’ombre d’un majestueux flamboyant. Et je me dis qu’il en devait être ainsi du temps de Jésus quand la foule venait l’écouter à l’ombre des arbres. Ici nous sommes tout près des tombes sur lesquelles brûlent des petites bougies blanches. Les fleurs du bouquet exhalent un parfum discret et, portées par le vent, des effluves de lys sauvages parviennent jusqu’à nous.
La messe se déroule dans beaucoup de ferveur. Dans son homélie Dom Benedito parlera d’espérance, d’engagement. Il dira aussi que le jour de la mort de l’être cher il faut savoir couper le cordon ombilical de la vie, aussi douloureux cela soit-il.
Avant la bénédiction finale il proposera de défaire le bouquet afin que les fleurs soient déposées aux quatre coins du cimetière, sur des tombes abandonnées ou oubliées.
Après avoir récupéré quelques litres d’essence, juste de quoi tenir jusqu’à Guajará, nous repartons vers la ville. C’est l’heure de l’émission dominicale à la radio Educadora.
Il fait très chaud.
Demain, hélas, il me faut repartir pour la France.

 
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