Baptêmes à Sagarana Version imprimable Suggérer par mail
Abbé Christian Dutreuilh et Père Gérard Verdier   
04-06-2012
Sagarana fut, pendant de longues années, la dernière étape de la visite pastorale centre du Père Gérard. Elle incluait la commémoration du décès de Dom Roberto, enterré là, et le baptême d’indiens ayant souhaité cette démarche. En 2011, la visite de l’Abbé Christian Dutreuilh fit avancer la date de la célébration au mois de février. Voici des extraits de son récit à cette occasion.

Pour mémoire…
Du temps de Dom Rey et de Dom Roberto, la Mission sauva ces indiens décimés par la tuberculose et leur garantit une terre, au lieu-dit de Sagarana, au bord de la forêt, au fond d’une baie. À leur suite, les laïcs brésiliens et français venus vivre auprès d’eux (Jean François et Eida Bénavent, Gilles de Catheu, Marie Ange Festa, Philippe Bres et bien d’autres…) respectèrent leur culture : langue, coutumes, traditions, tout en les accompagnant dans une évolution inévitable. Ainsi, de nos jours encore, jeunes et moins jeunes parlent parfaitement la langue oro wari. Une dizaine d’indiens et indiennes sont en faculté brésilienne. Certains se proposent même de reprendre les textes recueillis par Dom Roberto afin de les mettre à la disposition de toute la communauté. De tout temps, tous manifestèrent toujours beaucoup de confiance et d’amitié pour la Mission. Au fil des ans, ils se rapprochèrent de la foi chrétienne.

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L’onction au Saint Chrême par l’Abbé Dutreuilh.
Il est 18h30, nous sommes rassemblés sous le préau de l’école. C’est le coucher du soleil. La célébration débute par un chant, l’accueil de l’évêque, et l’écoute de la parole de Dieu. À la nuit tombée, nous partons en procession vers le fleuve. Là, le Père Gérard et moi-même descendons dans l’eau de cette belle baie de Sagarana. Chaque famille présente alors son enfant par son prénom et nous baptisons ces enfants avec l’eau du Guaporé, au total 83.
Sous un beau ciel étoilé, ce fut le temps fort de cette célébration joyeuse et pleine d’émotion. Tous les enfants étant baptisés, une procession se forme éclairée par les cierges qui nous ramène à l’école où se poursuit la célébration de la messe. En marchant, je me souviens du petit mot que l’actuel chef de la tribu avait partagé avec ses frères à l’occasion de son propre baptême. Il avait souhaité partager avec ses amis le sens de la lumière remise au baptême : « Lorsque nous vivions dans la forêt, nous devions conserver le feu, c’était une question de vie ou de mort. Cette lumière que nous recevons au baptême nous devons aussi en prendre grand soin. Elle représente la lumière du Christ dans notre vie qui éclaire notre chemin. Elle est aussi vitale que le feu pour notre vie de chrétien. »
Après la communion ce sera le signe de l’huile avec le Saint Chrême. Ce signe sera marqué d’une touche particulière qui rejoint la culture indienne. Pour une fête, les indiens dessinent et colorient leurs visages. Aussi nous avions rajouté à cette huile quelques graines d’un arbuste local qui donnait au chrême une couleur rouge. Il est déjà 21h, notre belle célébration se termine par des chants en wari et en brésilien et nous regagnons en bateau et sans éclairage, le village de Surpresa.

Abbé Christian Dutreuilh

Voici, à présent, présentée par le père Gérard, l’origine de la demande des baptêmes indiens, suivie par son récit de la même célébration.

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L’eau baptismale (du fleuve) versée avec une calebasse.
Une demande venue d’eux

La demande de baptême vint des indiens eux-mêmes. Pendant 30 ans nous eûmes avec ce peuple des contacts d’amitié très forts. Au village, ils vivaient avec leurs us et coutumes, venant très peu en ville et au diocèse. Petit à petit ils descendirent plus souvent à Guajará, partageant davantage notre vie. Un jour, au cours d’une de mes visites, le cacique Pao Jam exprima le désir de faire baptiser sa fille. Mais comme lui-même n’était pas baptisé et refusait de l’être, je ne pus accepter. Deux mois plus tard, je revins à Sagarana. Pao Jam qui m’attendait au port m’accueillit par ces mots : « tu n’as pas voulu baptiser ma fille, elle est morte ! »…. L’année suivante, nouvelle demande pour sa dernière-née… J’acceptai, ayant appris entre-temps que Pao Jam n’avait pas souhaité recevoir le baptême pour ne pas influencer la tribu. C’était en 1986.

Premiers baptêmes

Deux ans plus tard seulement, un groupe de 18 jeunes indiens me sollicita à son tour pour être baptisé. Nous voulions attendre un peu. Ils persévérèrent et entraînèrent 90 adultes et enfants indiens à leur suite ! Le premier, ou plutôt les premiers baptêmes, je m’en souviens encore avec émotion. Cette première célébration, avec les célébrants et participants peints à l’urucum rouge (voir n°198) et au genipapo, fut magnifique. La plus belle fête que nous ayons eue depuis longtemps avec danses et chants en langue wari. Elle eut lieu, à la demande des indiens eux-mêmes, dans le fleuve Guaporé « comme Jean-Baptiste avec Jésus », avaient-ils expliqué. Il y eut un temps d’arrêt de 10 ans, puis une nouvelle requête formulée par 30 indiens adultes et enfants, suivie d’une autre pour 40 de leurs compagnons.

Celui de février 2011

Ciel chargé le matin, mais qui se maintient puis s’éclaircit dès que nous arrivons à l’entrée de la baie de Sagarana. La nuit, ciel étoilé des tropiques, moment bénit, pour la célébration de 81 baptêmes d’enfants, comme à chaque fois, dans le fleuve. Le Guaporé est en crue, l’eau agréable… Le Père Christian et moi-même, entrons dans le rio avec, comme vêtement liturgique une simple étole. 350 indiens sont là, recueillis… En deux files, parents et parrains présentent leurs enfants pour recevoir l’eau baptismale, recueillie dans une calebasse et versée abondamment sur la tête des petits. Une dérogation imprévue à la liturgie : les parrains n’attendent pas la fin de la célébration pour allumer leur bougie au cierge pascal. Ainsi dans la nuit noire, nous nous trouvons tous éclairés lorsque le dernier baptême se termine.

Un sourire du ciel

Dom Roberto, qui a beaucoup travaillé pour les indiens et a longtemps vécu parmi eux, relevant leurs mythes et légendes, doit nous sourire du ciel. Nous les avons respectés et aimés, et ils l’ont senti.

Père Gérard Verdier


P.S. : L’administrateur actuel de Sagarana a pour nom Co’Um (Coimbra) et leur cacique se nomme Genildo.

 
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