Barrages et inondations du Rio Madeira Version imprimable Suggérer par mail
13-11-2014
Suite aux inondations catastrophiques des premiers mois de l’année 2014 dans le Rondônia, de nombreuses questions se sont posées sur la responsabilité des barrages construits depuis peu dans la région. Voici l’extrait d’un article publié dans la revue Ciênça, intitulé : barrages et inondations du Rio Madeira.

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Avec le réchauffement climatique de la planète, nous constatons ces dernières années une augmentation de précipitations violentes de par le monde. L’ampleur des crues du rio Madeira (estimée devoir arriver tous les 100 ans seulement) en a été une des conséquences.

La présence des deux barrages

La crue record du fleuve a causé une inondation record. Mais la présence des usines hydroélectriques installées le long de son cours, n’a fait que l’aggraver sur les rives de leurs réservoirs.

São Antonio

En ce qui concerne l’usine hydroélectrique de Santo Antonio, la canalisation de l’eau par le déversoir du barrage a projeté davantage de courant contre les rives de la ville de Porto Velho, accentuant leur érosion. En 2012 déjà, près de 300 maisons furent englouties. Des porte-parole de l’entreprise avaient alors allégué que tout cela n’était qu’un phénomène naturel. Mais prenant en considération la coïncidence du phénomène de l’implantation du barrage et la catastrophe, il est clair que ces explications n’avaient pas convaincu beaucoup de personnes en dehors des fonctionnaires même de l’usine !
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Autour du barrage, déforestation.
En 2014, le réservoir d’eau de Santo Antonio, avec ses 117 km de long, submergea non seulement les rapides de Santo Antonio mais tous ceux situés sur le parcours du rio Madeira.
Normalement, l’énergie cinétique de la chute de l’eau d’un fleuve se libère progressivement tout au long du trajet. Ici, la présence du barrage fait qu’elle se concentre en une chute unique, de grande dimension, juste au-dessus de Porto Velho, là où la vitesse de l’eau et son pouvoir d’érosion sont justement les plus grands, provoquant ainsi un débit record.

Jirau

Dans le cas de l’usine de Jirau, située à près de 120 km de Porto Velho, sa présence a contribué à l’inondation des zones protégées de Bolivie, de la rive du rio Madeira et du district d’Abunã, dans le Rondônia. Les affirmations que le barrage de Jirau n’aurait pas eu d’influence sur les inondations du pays voisin, répétées plusieurs fois par les constructeurs des barrages dans Étude et rapport d’impact Ambiental (EIA/Rima) et dans des documents élaborés postérieurement, ont été contestées dans le détail par l’auteur dans un travail publié en 2013 (revue Water Alternatives).
En ce qui concerne l’inondation de plusieurs parties de la route BR 364 qui longe les usines de Santo Antonio et Jirau, elle a été accentuée par la présence des lacs de retenues d’eau dont le niveau trop élevé, a accru la montée des eaux. Il aurait suffi de rabaisser le niveau des réservoirs à celui du rio, pour que l’inondation latérale soit moindre. La crue record aurait certes causé une inondation record même en l’absence des barrages, mais avec eux, la crue aura été encore plus importante.

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Malgré le rehaussement de la route, les retenues d’eau l’ont partiellement engloutie.
Des sédiments qui s’accumulent

Le rio Madeira possède une des plus grandes charges de sédiments du monde. Le réservoir de Jirau se terminant exactement à la frontière du Brésil avec la Bolivie, fournit ainsi tous les éléments nécessaires pour un impact international. Les sédiments les plus gros tendent à migrer au fond des réservoirs, là où l’eau entre dans le lac en amont du rio. Une fois accumulés, ils fonctionnent comme une espèce de second barrage, retenant l’eau dans la partie du rio qui est au-dessus de ce que l’on appelle officiellement le reservatorio (réservoir). Il en résulte une sorte de « tourbillon supérieur » où le niveau de l’eau est plus haut que dans le rio naturel, entraînant les conséquences que l’on connaît.
 
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