Béatitude sur le Guaporé Version imprimable Suggérer par mail
Père Gérard Verdier   
10-01-2008
Les longues heures passées à voyager pendant mes visites pastorales se prêtent à la lecture. Certaines m’amènent parfois à mieux cerner la réalité de la vie qui nous entoure, à la méditer. Le livre de Benoît XVI : « Jésus de Nazareth » en fait partie. Voici quelques réflexions autour de la 2e Béatitude extraite de cet ouvrage.

Hibiscus
Les Hibiscus sont de véritables arbres, on en trouve partout ;la plupart ont des fleurs rouges, mais il en existe aussi des jaunes
Les doux, les humbles

« Dans un premier temps, écrit le Pape, on peut ne voir dans ce rapport entre “douceur” et promesse de la terre, qu’une simple sagesse de l’Histoire : les conquérants viennent et repartent. Restent les hommes simples, les humbles, ceux qui cultivent la terre et qui continuent de semer et récolter dans la douleur comme dans la joie. D’un point de vue purement historique, les humbles, les simples, sont davantage installés dans la durée que les hommes violents. »
(Jésus de Nazareth p.105)

Au travers de ces lignes, on peut retrouver l’histoire de notre continent tout entier et du Brésil en particulier. Durant deux siècles, les conquérants arrachèrent d’Afrique six millions de Noirs pour les faire travailler comme esclaves dans le sud du Brésil. D’abord dans les plantations de canne à sucre, puis dans les fazendas de l’arrière-pays, jusqu’à Vila Bela, capitale du Mato Grosso (dans le haut Guaporé, à 1 500 km de Guajará-Mirim).
Les années passant, le long de ce fleuve devenu leur refuge, des milliers de ces captifs se libérèrent de leurs chaînes. Ils établirent des contacts pacifiques avec les innombrables Indiens qui peuplaient les forêts avoisinantes, s’unirent à leurs jeunes filles. Ainsi naquirent les cafusos si beaux, à la peau noire, aux cheveux lisses, au nez aquilin, aux lèvres fines… Et, eux « les doux, les humbles », les rejetés de la société, réalisèrent ce à quoi échouèrent les Blancs, à cause de leur violence, quelques décades plus tard.
« Installés dans la durée » ces mêmes Noirs, riverains pauvres du Guaporé, créèrent les quilombos (villages de Noirs libres) célébrèrent le culte du Divino selon leurs rites ancestraux, (voir N° 180), vécurent pacifiquement, menant une vie d’agriculteurs, de pêcheurs, de chasseurs… C’est auprès d’eux que notre évêque pionnier, Dom Rey, trouva les 30·premières candidates institutrices et catéchistes du Guaporé.

Une histoire sans cesse renouvelée

« Ainsi, la terre est donnée pour être un lieu d’obéissance à Dieu et donc une terre libérée du culte des idoles. »
(Jésus de Nazareth p.104)

Quel triste bilan que celui de notre pauvre Amazonie aujourd’hui. Là où les « idoles » sont l’argent, le lucre par tous les moyens, là où les grands producteurs de soja ont déjà expulsé les riverains du haut Guaporé, obligés de vendre leurs terres à bas prix, là où des milliers d’hectares de forêt continuent d’être défrichés, là où des quantités incalculables de produits agro-toxiques utilisés sur les terres touchant le fleuve, entraînent, avec les pluies, l’empoisonnement de centaines de tonnes de poissons, on se dit que l’histoire sans cesse se renouvelle et que la tâche de protection de la nature et de ses habitants est loin d’être terminée.
Sous la poussée constante de la culture du soja des dizaines de familles de migrants du Sud ont abandonné les terres de la région de Colorado do Oeste : en cinq ans la seule paroisse de Colorado n’a-t-elle pas perdu 14 000 habitants et fermé plusieurs chapelles rurales ?
Pour l’exportation du bois précieux vers les grands centres du pays, l’Amérique du Nord et l’Europe, des camions de troncs d’arbres continuent à rouler de nuit, malgré l’interdit, défonçant les pistes, trouant le fragile goudron…

La terre appartiendra aux doux

Ce tableau un peu sombre ne reflète heureusement pas toute la réalité et si les « conquérants » d’aujourd’hui semblent suivre le même chemin que les « conquérants » d’autrefois, nous croyons de toute notre Foi que la terre cessera un jour de leur appartenir.

« En fin de compte, nous dit le Seigneur, la terre appartient aux doux, aux artisans de paix. Elle doit devenir “le pays du roi de la paix”. La deuxième Béatitude nous invite à vivre en œuvrant en ce sens. »
(Jésus de Nazareth p.105)

« Enracinés dans la durée » nous nous y appliquons de toutes nos forces pour qu’avec les « doux », les « humbles », les « artisans de paix », joyaux de nos communautés chrétiennes et indigènes, nous puissions faire de cette terre d’Amazonie « le pays du Roi de la paix ».
 
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