Croire en une agriculture écologique Version imprimable Suggérer par mail
Père Zezinho Iborra Plans   
22-03-2010
ImageLe Père Zezinho est l’un des animateurs du projet agro-écologique « Nature Vivante de la vallée du Guaporé » de la CPT (Commission Pastorale de la Terre). Nous en avons parlé dans la Lettre n° 178. Chaque année une assemblée générale du projet se tient à Costa-Marques. Elle regroupe les agriculteurs de la région de la BR 429 qui, pour se retrouver, n’hésitent pas à parcourir jusqu’à 220 km de piste poussiéreuse. La rencontre de l’an dernier était la 4e du genre. Voici ce qu’en dit le Père Zezinho.
Accompagnée des techniciens qui les avaient formés aux méthodes écologiques, chaque famille présenta avec orgueil un échantillon des produits sains et abondants, récoltés sans pesticides dans différents vergers et potagers, après récupération de la terre par des procédés protégeant le milieu ambiant. Les volailles apportées répondaient elles aussi aux normes bio.

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Graine d'urucu
L’urucum pousse en Amérique du Sud. Les graines de ses fruits sont traditionnellement utilisées par certains Indiens d’Amazonie pour se protéger du soleil et des moustiques, leur valant pour certains, le nom de « Peaux rouges ». En cuisine locale, on l’intègre dans de nombreuses préparations, boissons, plats, auxquels il apporte une belle couleur orangée. Très riche en bêta carotène (soit 500 fois plus que la carotte), la poudre d’urucum mélangée avec l’huile d’andiroba, de bourrache, de jojoba, permet une bonne préparation de la peau au soleil, la protégeant ensuite de ses effets néfastes. La grande richesse en oligoéléments (fer, zinc, magnésium, cuivre, sélénium) de l’urucum fait qu’alliée au maca (ou guarana) et à l’acérola, on peut obtenir, en les mêlant aux jus de fruits, une boisson dynamisante et vitaminée.


Échanges

Il fut d’abord question des semences sélectionnées  : l’urucum, colorant naturel de plus en plus valorisé économiquement ; les légumes d’autrefois que certaines familles continuent à reproduire et cultiver ; les différents types de manioc oubliés et aussi les variétés anciennes d’arbustes quasi inconnues aujourd’hui comme le camu-camu, qui donne un jus de fruit rouge à concentration élevée en vitamine C. Ensuite les agriculteurs mirent en commun les expériences vécues au cours de l’année. Ils évoquèrent leurs échecs, comme pour ces plants de fruits de la passion qui périrent faute d’avoir trouvé un moyen naturel pour combattre la maladie dont ils étaient atteints. Ils parlèrent de leurs réussites, ainsi la reconversion de certains caféiers dans le but d’obtenir des grains de meilleure qualité, sans avoir recours aux herbicides ; l’utilisation concluante d’engrais verts ; la meilleure exploitation de l’ombre pour les cultures.

Visite

Le samedi après-midi tous les participants se rendirent au fort Príncipe da Beira ainsi qu’au Lac Bleu, où habite le Senhor Bernardo, un pionnier de l’écologie. Cet homme a réussi, sur une petite surface de terre, à planter des milliers d’arbres et une énorme variété d’espèces végétales. À partir de matériaux de la forêt, Bernardo et son épouse fabriquent du mobilier artisanal. Cela leur permet de vivre dignement. « Avant quand je montais dans les arbres pour récupérer des semences, on me traitait de fou. J’étais seul. Aujourd’hui je suis accompagné de jeunes étudiants faisant partie de l’école familiale rurale et qui sont impliqués dans le projet Nature vivante » raconta non sans fierté le maître autodidacte.

Le camu camu fait partie de la famille des myrtacea et porte le nom scientifique de myrciaria dubia. Communément appelé camu-camu ce petit arbre (environ 3 à 5 mètres de haut) pousse dans les parties marécageuses de la forêt amazonienne. Ses grosses baies rouges – orangées se consomment fraîches ou cuisinées. De la taille d’une grosse cerise, elles contiendraient la plus grande quantité de vitamine C naturelle que l’on n’ait jamais enregistrée (20 fois plus que l’acérola, qui elle-même en contient 100 fois plus que l’orange  ! La récolte est saisonnière et synchronisée avec le cycle annuel des précipitations. Grâce à la valeur nutritive du fruit, la demande internationale s’accroît, et la récolte du camu camu devient une source de revenus pour ces régions pauvres de l’Amazonie. En même temps il concourt, selon les environnementalistes, à préserver l’écosystème de la partie de la forêt inondée, dont il provient, en renforçant les berges par les longues racines de ses arbres. Ce produit est considéré un allié précieux de la santé car on attribue aussi au camu camu, les propriétés d’adjuvant des infections virales (grippes, rhinopharyngites), de fortifiant dans les convalescences et les périodes de stress, de régulateur des altérations d’humeur, de modérateur de l’anxiété. On le trouve en France sous forme de gélules.


« Cette assemblée m’a conforté dans l’espoir d‘une agriculture familiale et écologique. Je crois que dans ce monde plongé dans la crise alimentaire pour cause de spéculation et de consommation excessive, elle reste la meilleure alternative. » Père Zezinho

 
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