Dans le Rondônia, un immense complexe hydroélectrique Version imprimable Suggérer par mail
À partir de l’article de Patricia Molina et de celui du Père Zezinho   
27-05-2009
La demande d’électricité du Brésil augmentant de 3 000 à 4 000 MW par an, le pays a misé sur l’hydroélectricité qui fournira 74,3 % de sa production globale « afin de combler ses besoins pour la prochaine décennie » justifie le gouvernement fédéral. Le Rondônia se trouve directement concerné puisque deux grandes centrales sont prévues sur le fleuve Madeira, un affluent de l’Amazone… Voici une présentation du fleuve en question et quelques documents faisant part de l’esprit dans lequel les constructions ont été envisagées et les conséquences engendrées par les barrages déjà en fonction.

Rapides du Madeira.
Rapides du Madeira.
Le complexe du fleuve Madeira

Le fleuve

Le Madeira naît en Bolivie dans la Cordillère des Andes, sous le nom de Rio Béni. Il décrit ensuite une large courbe dans les immenses plaines boliviennes, pour, côté brésilien, (où il fait frontière avec ce pays) prendre le nom de Madeira et se diriger ensuite au nord-ouest, puis au nord, ve rs les régions équatoriales en direction de l’Amazone. Cours majeur en Amérique du Sud, le rio Madeira est le plus long affluent de l’Amazone (3 380 km), tant par sa longueur, son débit, que par le fait qu’il soit la source principale des sédiments en suspension et des solides dissous du bassin. Son appellation lui vient des innombrables morceaux de bois ou de troncs d’arbres qu’il charrie à la saison des pluies et provenant des berges s’écroulant sous la violence des eaux. Le mot bois se disant madera en espagnol et madeira en portugais, on trouvera l’une ou l’autre dénomination tout au long de son parcours.
Son énorme réseau hydrographique s’étend sur 1 420 000 km2 (bien plus que les surfaces de la France et de l’Italie réunies) répartis sur le Brésil, la Bolivie et le Pérou avec un débit de plus ou moins 32 000 m3/s, soit deux fois plus que le Mississipi ou le Gange. Ce chiffre s’explique par la combinaison des régimes hydrologiques de ses deux principaux affluents : le Mamoré et le Béni. La partie andine du bassin du Haut Madeira présente une grande diversité climatique et biologique. Avec un taux de précipitation de 350 à 7 000 mm/an et une grande variation de température associée à l’altitude, cette région possède un des degrés de biodiversité les plus élevés du globe et fait aussi partie de la macro-région (hotspot) des Andes orientales, la plus diversifiée du monde. Entre le Haut et le Bas Madeira s’échelonne une série de rapides spectaculaires (cachoeiras) interdisant la navigation mais qui pourraient être utilisés pour générer de l’électricité. Aux alentours, des zones de grande biodiversité aussi.
Une cité destinée aux ouvriers du barrage Jirau.
Une cité destinée aux ouvriers du barrage Jirau.

Les Barrages

Le complexe du fleuve Madeira regroupe des projets prévus en territoire brésilien et bolivien avec deux grands barrages au dessus de la ville de Porto Velho, un troisième sur la partie binationale du fleuve Madeira et un quatrième, plus petit, sur le fleuve Beni, en territoire bolivien. Les emplacements ont été choisis en fonction des petites cascades précisément. Les ouvrages prévus à des fins d’utilisation hydroélectrique et de navigation, complèteront l’actuelle voie navigable brésilienne existante. De la sorte, la logistique de transport des régions de Madre de Dios (Pérou), du Rondônia (Brésil), du Pando et du Beni (Bolivie) se trouverait améliorée.

Les Centrales

Il s’agit donc de la centrale de Santo Antonio (aux portes de Porto Velho, la capitale de l’État de Rondônia) d’une capacité de 3 150 mégawatts (MW), et de celle de Jirau à 100 km de là. Deux mille cinq cents kilomètres de lignes à haute tension concédées au secteur privé, s’avéreront nécessaires pour amener l’électricité vers les zones de consommation. Ces méga-chantiers font partie du programme d’accélération de la croissance (PAC), lancé en 2007 par le Brésil pour pallier son déficit en infrastructures. Quant aux usines nouvelle génération, elles allient avancées technologiques et prouesses techniques. Installées au fil de l’eau elles modifient peu le cours du fleuve et réduisent la dimension des retenues d’eau grâce à des turbines « bulbes ». « Ces chantiers marquent un tournant, affirme Maurice Tolmasquim, président d’une agence du ministère brésilien de l’énergie, car un doute existait sur l’intérêt du secteur privé pour la rentabilité de telles usines. La porte s’est ouverte à d’autres projets ».
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Les bénéficiaires

Il reste à savoir quels en seront les bénéficiaires :
– une cité de 2 000 maisons est en construction, destinée aux 14 000 ouvriers attendus sur le chantier de Jirau, et répondant à des critères environnementaux « dans le souci d’organiser un pôle de développement qui survivra à la fin du chantier » ;
– le volet de navigation du projet se concrétiserait via la construction d’écluses, permettant de la sorte la navigation sur plus de 4 000 km en amont des barrages, facilitant le transport des marchandises et des personnes et bénéficiant aux grandes entreprises exportatrices ;
– la route fluviale pourrait stimuler encore davantage la production de soja brésilien (déjà énorme dans la partie sud du Rondônia) avec l’objectif que d’ici à 2015 elle passerait à 50 millions de tonnes par an, réduisant notamment les coûts de transport à travers la Bolivie.

Le prix à en payer

Il pourra être très élevé pour les riverains : pollution (fin décembre 2008, 11 tonnes de poissons déjà ont été asphyxiés à cause du détournement du fleuve lié aux travaux à Santo Antonio), destruction de l’habitat traditionnel, nuisances en tous genres, expansion des terres agricoles aux dépens de la forêt amazonienne, effets néfastes sur la faune des fleuves et de leurs affluents (Mamoré, Guaporé, Madre de Deus et Beni), affectant une zone immense répartie entre le Brésil, la Bolivie et le Pérou.

À partir de l’article de Patricia Molina publié dans le numéro 414-415 de la revue America latina en movimiento (ALEM), daté du 4 décembre 2006. juillet 2007, mise en ligne par Dial
www.alterinfos.org/spip.php?article1333


Autour des terres indigènes

Les usines hydroélectriques du Rio Branco

Pour la terre indigène Rio Branco, comme pour beaucoup d'autres, le seul accès continue de se faire par le fleuve. Là, les Indiens souffrent de la construction de plusieurs centrales hydroélectriques asséchant la rivière, ouvrant les comportes à l’improviste, ce qui porte grandement préjudice à la navigation et à la pêche. Ainsi, certaines espèces de poissons comme le pintado et les tortues « tracajás » sont en voie de disparition. De plus, bien que l’usine de Rio Branco soit seulement à 40 km du village de São Luiz, les Indiens n’ont pas encore d’énergie électrique. Celle produite est distribuée bien plus loin. Heureusement des panneaux solaires (offerts par « Manos Unidas » d’Espagne) résolvent la situation pour quelques familles. À signaler une nouvelle centrale en construction sur le même rio… contre la volonté des Indiens bien sûr.

Espèces en voie de disparition.
Espèces en voie de disparition.

« L’énergie est plus importante que les poissons » a déclaré Ivo Cassol (Gouverneur de l’état), sous-évaluant l’importance de cette source d’alimentation pour les milliers de riverains du fleuve, qui ne profiteront à aucun moment des bénéfices liés à l’implantation des barrages… La réaction des députés de l’état du Rondônia et du gouverneur de l’état a été d’interdire la pêche professionnelle sur la majeure partie du fleuve Guaporé, s’appuyant sur la loi locale appelée « la loi de la faim » qui condamne à la misère des familles entières de pêcheurs.

Le barrage de Samuel sur le Rio Janari

Des poissons disparaissent aussi du lac de Samuel. Pirarucu, dorado, tambaqui et pirapitinga sont quelques-unes des espèces portées disparues par les habitants à la suite de la construction du barrage hydroélectrique de Samuel. Seuls y survivent piranhas, piaus, tucunarés et pacus.

D’autres usines hydroélectriques en vue

Dans l’euphorie de l’approbation des usines électriques du fleuve Madeira, la commission amazonienne du congrès national a approuvé la construction d’un nouveau projet de ce type sur le fleuve Cotingo, dans le Roraima, en pleine terre indigène, et aussi sur le Xingu au cœur de la forêt tropicale (11 100 MW).

Père Zezinho
 
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