Dans la ligne 1 du Iata Version imprimable Suggérer par mail
04-09-2016
Pour mémoire, les lignes sont des pistes, ouvertes dans la forêt lors de l’arrivée des colons du Nord Est venus dans cette partie du Rondônia à la recherche d’une terre cultivable.
La ligne 1 du Iata

Parallèles les unes aux autres, distantes d’un kilomètre, les lignes sont numérotées à partir du centre de chaque petite agglomération. Les maisons (souvent des fermes) disséminées le long des pistes sont entourées de plantations : riz, manioc, bananiers, orangers, et de pâturages. Chacune possède son puits. L’électricité maintenant y arrive. De loin en loin, une chapelle, une petite école ; certaines à présent désaffectées.

Devant la chapelle de la ligne 1, les fidèles à la sortie de la messe.
Devant la chapelle de la ligne 1, les fidèles à la sortie de la messe.
La ligne 1 du Iata

Durant de longues années, le Iata regroupa des ouvriers travaillant sur la voie ferrée Madeira- Mamoré. Longtemps ils souffrirent de la malaria. Certains, affaiblis par les conditions de vie et de travail épouvantables, ne résistèrent pas et moururent. Plus tard les migrants les remplacèrent. La terre produisit vite en abondance et les récoltes allèrent jusqu’à Manaus. À présent c’est essentiellement au marché de Guajará que sont vendus fruits et légumes. Aujourd’hui une quarantaine de familles, tous agriculteurs et éleveurs habitent dans cette ligne ou plus à l’intérieur des terres. Le bétail fournit lait et viande. Dom Rey avec son neveu Armando fit monter en 1956 une petite église toujours en place. Des chapelles furent construites aussi de loin en loin. Comme d’autres, celle de la ligne 1 porte le nom de Saint François très populaire au Brésil, et plus particulièrement dans le diocèse de Guajará.

La chapelle de Saint François

Une fois par mois, un prêtre vient y dire la messe. Le dimanche suivant, c’est un couple ministre de l’eucharistie qui prend le relais. Les deux autres dimanches, Dona Carmita anime une célébration. Construite au milieu de nulle part, entourée de forêt vierge, la chapelle de la ligne 1 se voit de loin, car bâtie sur un petit monticule. Coquette, fraîchement repeinte pour la fête de son patron, dépoussiérée (ce qui valut à la communauté les félicitations de Dom Benedito), un magnifique bouquet de fleurs tropicales posé sur l’autel, elle accueillit le 4 octobre 2015 un grand nombre de fidèles venus soit à pied, à moto, à bicyclette, ou en camionnette. Malgré la poussière, la grande chaleur, ils étaient là, frais et dispos, endimanchés, prêts à assister à la messe et au baptême d’un petit Augusto.

Dona Carmita.
Dona Carmita.
Dona Carmita

L’office fut rondement mené par Dona Maria Querez dite Carmita. Un petit bout de femme débordant de vitalité, au regard vif, qui s’était levée à 5 h du matin pour préparer le repas avant d’aller animer la messe. Fille d’enseignante, elle enseigna à son tour pendant 25 ans dans l’école de la ligne. Les enfants venaient à pied assister aux cours par demi-journée. Fermée au bout d’un certain nombre d’années, l’école fut rouverte, puis définitivement fermée. Aujourd’hui un car de ramassage passe chercher les enfants pour les conduire au village et les ramener ensuite.

Le baptême du petit Augusto

La célébration se déroula dans une ambiance à la fois fervente et familiale. Le petit Augusto tout de blanc vêtu fut à la hauteur de l’évènement et ne versa pas une larme lorsque Dom Benedito le baptisa. Pendant toute la célébration, sauf au moment de la bénédiction, il garda, serré dans sa main, un minuscule camion flambant neuf. Les parents, parrain et marraine, écoutèrent gravement le message de l’évêque sur leur responsabilité à accompagner l’enfant dans le chemin de la Foi, tant qu’il ne serait pas adulte et capable de décider de sa voie.
Dom Benedito baptise Augusto.
Dom Benedito baptise Augusto.
Dom Benedito s’adressant ensuite aux fidèles, parla de Saint François, du témoignage qu’il apporta au monde, souhaitant que chacun puisse être aussi un François. Une petite procession clôtura ce joli office, accompagné des inévitables pétards de l’occasion, tandis que là-bas, dans les grands arbres, perruches et perroquets s’enfuyaient avec des cris apeurés. Et ce fut le repas tout simple (poulet, riz, pâtes servies dans une sauce parfumée aux herbes et à la tomate) mais combien fraternel chez Carmita. Un temps de partage et de communion.
 
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