Sept fois plus de forêt défrichée en 2007 dans le Rondônia Version imprimable Suggérer par mail
D’après le reportage de Tania Monteiro, O Estado de São Paulo (édition du 21 octobre 2007)   
10-03-2008
La Lettre d’Amazonie n° 178 publiait un texte intitulé « Le défi durable en Amazonie ». Cet article parlait entre autres de l’accélération de la déforestation en Amazonie brésilienne. Depuis la situation a empiré, particulièrement dans le Rondônia.
Déforestation Amazonie
Sept fois plus de forêt défrichée en 2007 dans le Rondônia
Le déboisement de certaines régions de l’État du Rondônia est devenu un scandale national. Les données de L’Institut Brésilien du Milieu Ambiant (IBAMA) relevées par le Système de Détection du Déboisement en Temps Réel (DETER) montrent que dans la région frontalière entre le Rondônia et la Bolivie, qui s’étend des municipes de Guajará-Mirim à Costa Marques, l’abattage de la forêt a augmenté de 600 % en un an (de septembre 2006 à septembre 2007). D’après Tania Monteiro (attachée de presse au journal O Estado do São Paulo), la superficie d’arbres détruits est passée de 42 km² à 295 km² en à peine un an.
Les photos satellites de l’Institut National des Recherches Spatiales (INPE) montrent bien l’arc formé par le déboisement : il se concentre dans la région qui part de la capitale Porto-Velho, passe par les villes de Jaci-Parana, Nova Mamoré, Guajará-Mirim, avant de déboucher sur la région de Costa Marques le long du rio Guaporé.

Pourquoi un tel massacre ?

Les fonctionnaires de l’IBAMA et ceux des services du Milieu Ambiant de l’État donnent plusieurs explications à ce défrichage inconsidéré :

Déforestation Amazonie
Une vraie frénésie
La prévision de la construction, entre 2008 et 2012, de deux usines hydro - électriques (l’une à Santo Antonio et l’autre à Jirau sur le rio Madeira) a déjà entraîné l’arrivée d’un grand nombre de personnes attirées par l’appât d’un travail.

Le transfert du pouvoir Central de Brasilia à l’État du Rondônia (août 2006), a provoqué, faute de moyens, une gestion invérifiable de l’attribution des terres et des forêts. Un exemple flagrant est celui des 340 km de route entre Guajará-Mirim et Porto Velho où il n’y a aucun poste de contrôle de la police fédérale alors que le bois retiré illégalement transite en toute impunité. Les bûcherons (madeireiros) pénètrent incognito dans la forêt, sélectionnent des essences rares (cèdre, ipé, cerisier, mogno : l’acajou du Brésil) puis abattent les arbres choisis. Ce type de déboisement mieux ciblé exige plus d’efforts, mais a l’avantage de moins attirer l’attention qu’une coupe déclarée. « Et quand on intervient dit Sergio Lucio Fontes, chef de la Police Fédérale locale, on se heurte à une forte opposition de la part de la population. Celle-ci met en avant l’argument de survie pour justifier le trafic illégal du bois. Le problème, c’est que cette population ne sert en fait qu’à être une main d’œuvre exploitée et dominée par les grands grilleiros (envahisseurs) et fazendeiros (propriétaires) de la région ».
Ajouter à cela le défrichage provoqué par les agriculteurs cherchant à créer des pâturages, le sud du Rondônia a ainsi perdu 80 % de ses forêts.
« Heureusement que nous pouvons compter sur la collaboration et l’appui d’organismes d’État comme l’Armée, la Police fédérale ou le Bataillon Spécial Forestier, dit Nanci Rodrigues. Certes, c’est insuffisant, ajoute-t-elle, mais sans eux nous serions encore davantage menacés par les trafiquants de bois, de drogue ou d’armes ».

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Le déboisement de certaines régions de l’État du Rondônia est devenu un scandale national
Le problème de l’invasion des terres : quand l’INCRA (Institut National de Colonisation et Réforme Agraire) ne cadastre pas les terres, souvent pour cause de procédures judiciaires en cours, les gens se comportent comme si celles-ci n’appartenaient à personne : ils les envahissent et se les approprient.

Une loi contournée

S’il est aussi si difficile de réagir, c’est qu’il existe plusieurs manières de contourner la loi.

De la sorte, quand les fazendeiros veulent s’approprier de grands espaces, ils recrutent des « laranjas » (faux agriculteurs), leur font brûler des arbres pour planter à la place des orangers.
Ce stratagème leur permet d’acquérir par le biais de l’INCRA un « titre de propriété ». Celui-ci une fois obtenu, les fazendeiros expulsent les laranjas, clôturent la terre cultivée et continuent à déboiser toute la forêt nécessaire à des pâturages. Sans être aucunement pénalisés.

Autre manière de procéder : l’intimidation exercée par les jagunços (pistoleiros) auprès des familles légalement installées par l’INCRA. Les tueurs à gage se présentent avec un faux document de propriété, expulsent les petits agriculteurs sans défense, occupent la terre puis la déboisent.

Enfin, la technique de la dissimulation consiste à cacher au regard l’espace défriché. Pour cela les bûcherons préservent, dans le sens de la profondeur, 50 à 100 mètres de forêt le long des routes et donnent ainsi l’illusion qu’elle est intacte. En réalité d’immenses clairières sont ouvertes derrière juste un rideau d’arbres.

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Là où autrefois la forêt était dense…
À l’époque des brûlis, la visite du ministre de la Défense en tournée d’inspection dans les 17 unités militaires stationnées en Amazonie, donna aux militaires qui l’accompagnaient, l’occasion de s’exprimer sur la gravité de la situation.
« Quinze jours auparavant, déclarait le Colonel Commandant de la base de Guajará-Mirim, on ne voyait rien dans toute la région à cause des fumées provoquées par l’intensité des brûlis. Les « madeireiros », pénètrent de jour dans les réserves indigènes ou les parcs protégés, et, durant la nuit, les camions passent pour emporter le bois coupé.
Ce qui se passe dans cette région, ajoute le militaire indigné, est proprement scandaleux ! Avant mon arrivée dans cette région, quand on parlait de déboisement en Amazonie et que je regardais les reportages à la télévision, je pensais que c’était de l’exagération, « du bourrage de crâne ». En fait, ce que je vois sur place, dépasse de loin tout ce qu’on en disait et montrait. Le reste du pays est totalement ignorant de ce qui se passe dans cet État. Personne ne dit combien la forêt est dévastée ici. »
Quant au général, commandant de la 17e brigade d’infanterie de la selva, lui, insiste sur la nécessité urgente de renforcer les moyens militaires dans la région, pour faire face aux problèmes existants, et à ceux qui ne vont pas manquer d’apparaître avec la construction des deux usines hydro-électriques du rio Madeira.
 
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