Flaviana et Frankin Version imprimable Suggérer par mail
02-08-2018
L’an dernier lors de mon séjour à Guajará, Régis Herbel m’emmena rencontrer une famille dans un des quartiers les plus défavorisés de la ville, me disant : « C’est la dernière intervention de dom Geraldo avant son décès ».
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Flaviana et Frankin devant leur maison. La jolie porte est l’œuvre de Frankin.
Originaires de Guajará, Frankin, 34 ans et Flaviana 31 ans vivent à présent avec leurs trois enfants de douze, neuf et six ans, dans le quartier Fatima. La maman de la jeune femme connaissait bien Dom Geraldo ainsi que la mère adoptive de Frankin (85 ans) qui se souvient aussi de dom Rey. Celle-ci ne se déplace qu’en fauteuil roulant aidée par son mari, âgé lui, de 93 ans.

Porto Velho et la tentation

Frankin et Flaviana habitèrent un temps à Porto Velho. Il y a cinq ans on leur fit une proposition à laquelle ils ne surent résister : transporter 20 kg de cocaïne de Guajará à Porto Velho, moyennant une coquette somme d’argent… Devant le montant ­miroité, qui allait leur permettre d’améliorer leurs conditions de vie, et conscients des risques qu’ils pouvaient encourir, ils acceptèrent. Ce qui devait arriver, arriva : ils furent arrêtés et incarcérés avec une peine ferme de quatre ans chacun.

L’intervention du père Gérard et du diocèse

La maman de Flaviana se rendit alors au diocèse, suppliant le père Gérard d’intervenir pour que leurs enfants puissent être transférés rapidement de la prison de Porto Velho à celle de Guajará. Ce qu’il fit. Quelques mois après, bénéficiant d’un placement sous surveillance électronique, ils vinrent à leur tour voir dom Geraldo, d’abord pour le remercier, puis lui demander de les aider financièrement à agrandir la maison familiale afin qu’ils puissent rester à Guajará, auprès des parents de Frankin. Le père Gérard accompagné par Régis se rendit sur place afin d’évaluer leurs besoins et le coût des fournitures à acheter. Il fut décidé de rajouter une chambre avec w.-c. à la maison existante ; le diocèse fournissant le matériel de construction (­ciment, sable, tuile, bois, tôles) pour environ 2 000 euros.

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Il ne manque que la vitre à la fenêtre.
Une nouvelle vie

Une fois à Guajará, Frankin s’inscrivit à des cours de soudure au Despertar, et sa formation terminée, s’installa à son compte. Dès qu’ils en eurent les moyens, Flaviana et Frankrin envisagèrent de bâtir leur propre maison dans le jardin des parents. En cinq mois, aidés par des amis eux aussi sous surveillance électronique, ils arrivèrent à construire par eux-mêmes une petite maison coquette avec séjour, cuisine, deux chambres, et salle de bains, qu’ils me feront visiter avec beaucoup de fierté. Frankin me fit remarquer la structure métallique des fenêtres, la porte d’entrée, fruits de son travail et de ses connaissances. Petit à petit ils continuent les finitions en fonction de leurs finances. Lors de notre visite, il leur restait encore à poser les vitres, le carrelage, à mettre la peinture. Ils prendront le temps qu’il faudra, car ils ne veulent surtout pas retomber dans le trafic de drogue, et ce n’est pas faute d’être sollicités ! Le 31 décembre, Flaviana et Frankin sont venus apporter une pintade au diocèse et, sachant que je repartais le soir même pour la France, ont voulu me souhaiter bon voyage et bonne année. On s’est chaleureusement embrassés et je leur ai promis de venir les voir lors de mon prochain séjour à Guajará, leur souhaitant bonne chance. Il ne leur restait que quelques mois à porter le bracelet électronique avant de retrouver la totale liberté.
 
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