Jair Bolsonaro, président du Brésil Version imprimable Suggérer par mail
02-04-2019
Jair Bolsonaro a pris ses fonctions de président du Brésil le mardi 1er janvier 2019 avec un gouvernement constitué d’un tiers de ministres militaires. Considéré d’extrême droite, il a tenu un discours anti-environnemental et promis une économie ultralibérale. Il a su galvaniser les électeurs des centres urbains désabusés par les scandales de corruption et attirés par  ses positions d’intransigeance contre le crime, dans un contexte de taux de criminalité croissant.

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Jair Bolsonaro, président du Brésil.
La ruée vers l’or vert

Jair Bolsonaro entend développer l’économie du Brésil en la libéralisant et en facilitant l’exploitation des ressources naturelles du pays. Pour cela, le déboisement des immenses superficies de terres couvertes de ­forêts, pourrait favoriser dit-il, l’expansion du secteur agricole tourné vers l’exportation (le Brésil étant déjà le deuxième exportateur de produits agricoles dans le monde). Alors que le Brésil est déjà connu pour son laxisme en matière de contrôle environnemental (la rupture désastreuse de deux barrages en trois ans en est la preuve), il veut aussi ouvrir des territoires autochtones (convoités par les entreprises) à l’exploitation minière, et assouplir l’application de la loi en matière d’environnement et d’octroi de permis d’exploitation. En Amazonie, des bûcherons, des mineurs, des grands et petits propriétaires terriens se sont ainsi ralliés à lui, de même que la population des états ruraux du centre ouest.

Quilombos, indiens, milieu naturel,

Plus de 15 % du territoire national est constitué de terres indigènes et de quilombos (terres occupées par des descendants d’esclaves) qui constituent un rempart naturel contre la destruction de la forêt. Le sort de leurs populations est dramatiquement préoccupant. En raison des coupes de bois illégales existantes, de l’expansion de l’agriculture, la forêt disparaît, et la destruction du milieu naturel va s’accélérant avec une grande menace sur la biodiversité de la région, qui compte plus de 40 000 espèces végétales, plus de 400 espèces de mammifères, etc.

Les évangéliques avec Bolsonaro

Si l’Église catholique n’a officiellement apporté son soutien à aucun des candidats à la présidentielle, une partie des évangéliques, surtout les néo-pentecôtistes, avaient passé un accord avec Bolsonaro avant même le premier tour des élections (6 octobre). Fin septembre, le leader de l’Église Universelle du Règne de Dieu, avait déjà annoncé son soutien au capitaine de l’armée retraité.

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Opération de l’Ibama (institut brésilien de l’environnement) contre l’exploitation illégale de la forêt.
La position de l’Église catholique

La CNBB avant le deuxième tour des élections

Après avoir publiquement pris position, au premier tour des élections générales, contre les discours de haine et de violence, la CNBB (conférence épiscopale brésilienne) avait demandé aux électeurs catholiques de choisir, lors du second tour, des candidats qui aideraient à préserver, et non à détruire, les systèmes démocratiques. Lors d’une interview donnée à UOL (Universo Online), le lundi 8 octobre, le secrétaire général de la CNBB et évêque auxiliaire de Brasilia, dom Leonardo Steiner, avait affirmé que ce sujet pouvait être abordé par les prêtres lors des célébrations religieuses, à condition de respecter la loi qui leur interdit de prendre position pour tel ou tel autre candidat. « Les prêtres ne peuvent pas, de par la loi, se prononcer pour l’un ou l’autre des candidats, mais ils peuvent parler de l’importance de préserver la démocratie », avait-il déclaré. « Nous ne pouvons pas voter le cœur rempli de haine, ni penser que nous allons changer le Brésil d’un jour à l’autre : il n’existe pas de sauveur de la patrie, mais une démocratie qui a besoin d’être constamment édifiée, affirmait le religieux, ajoutant : Comme chrétiens, nous sommes des personnes d’espérance, et les personnes d’espérance veulent construire la démocratie. Nous devons faire le bon choix. Voter pour des personnes prêtes à débattre sur les problématiques du Brésil comme l’éducation, l’environnement, la santé, le vivre ensemble. Voter pour des personnes présentant des projets qui aideront à bâtir un Brésil pour tous ».

Les Dominicains du Brésil après la prise de fonction du président (extraits de Dial)

« Je dois crier, je dois me risquer ». Les Dominicains du Brésil réaffirment les valeurs de la démocratie, de la justice et de la paix.
« Nous, frères dominicains, réunis en assemblée, ayant reçu du Seigneur la vocation d’être les prêcheurs de sa Parole, nous ne pouvons rester indifférents ou même avoir peur de nous mettre en avant et d’agir pour défendre la vie, les droits des pauvres et les droits de la Terre.
Nous rejetons fermement :
– le rabaissement des droits des plus pauvres, qui découle de projets de réforme de la protection sociale et des lois du travail qui renforcent les avantages de catégories déjà privilégiées ;
– la criminalisation des mouvements populaires et des ONG, en contradiction avec le principe constitutionnel de renforcement de la société civile et de la démocratie ;
– l’abandon de la réforme agraire ;
– la réduction des terres indiennes et des territoires des quilombos ;
– le déboisement de l’Amazonie et la privatisation du patrimoine public ;
– la libéralisation de la vente d’armes et bientôt l’assouplissement du port d’armes.
Comme Brésiliens, nous resterons vigilants et exigeons du gouvernement qu’il n’épargne aucun effort pour renforcer la démocratie et donner priorité aux politiques qui visent l’amélioration des services de santé et d’éducation, la lutte contre le chômage et la réduction des inégalités sociales.
Comme chrétiens, nous assumons l’engagement d’agir prophétiquement afin que notre nation tout entière puisse vivre selon l’ardent désir de Jésus : “que tous aient la vie, et la vie en abondance” (Jn, 10, 10).
Comme disciples du Christ nous lançons un appel à toutes les personnes croyantes, y compris les autorités de l’Église catholique, pour qu’elles assument leur mission évangélique en se faisant présence et voix agissantes dans l’annonce de la justice et de la paix ».

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Manifestation de sans terres.
Un émissaire du gouvernement au synode sur l’Amazonie

Au mois de février le nouveau gouvernement a émis le souhait d’envoyer un émissaire au synode sur l’Amazonie prévu en octobre à Rome. La réaction du cardinal Claudio Hummes et des évêques responsables de la commission épiscopale pour l’Amazonie, ne s’est pas fait attendre. Dans leur réponse ils ont demandé que cette requête soit transmise à l’ambassade du Vatican, ne cachant pas leur étonnement devant l’intérêt du gouvernement à être présent à ce synode religieux, alors qu’il s’agit d’une rencontre d’évêques où jusqu’ici aucun membre d’aucun gouvernement n’avait jamais été invité ! Le président du conseil indigeniste missionaire (Cimi), dom Roque Paloschi, évêque de Porto Velho a également précisé que cette rencontre se focalisera sur la « réalité de droits reniés » aux Indiens, riverains des fleuves, quilombolas… « Nous ne culpabilisons personne, mais assumons notre responsabilité face à l’Histoire. » « L’Église doit être de quel côté ? Avec ceux qui promeuvent la mort ou ceux qui recherchent la vie ? »
D’un ancien président du Brésil, Fernando Henrique Cardoso « L’histoire du Brésil ne s’arrête pas avec Bolsonaro. L’élection de Jair Bolsonaro représente un risque pour la démocratie, mais il faut espérer que les institutions sauront répondre en cas de dérive : jusqu’à ce jour les cadres de la loi sont respectés, la liberté existe encore, les syndicats aussi, et la presse reste libre. »

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