Mieux qu’ici, il n’y a que le ciel ! Version imprimable Suggérer par mail
Mady Huntzinger   
21-11-2010
La Maison des Anciens est née en 1970 grâce à la Société de Saint Vincent de Paul, sous l’impulsion de son président le senhor Tenente Cruz (oui, oui, le mari de Dona Aurora : leur jolie maison donnée au Diocèse) et avec l’appui de Dom Rey. Construits avec les moyens du bord, en torchis, les bâtiments devinrent au fil du temps vétustes, voir insalubres. La Société dissoute en 1992, c’est le Diocèse qui se chargea de restaurer les lieux, et ce, grâce à l’aide financière de Lettre d’Amazonie.
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La Maison des Anciens se compose actuellement d'un ensemble de 13 chambres (à 1 ou 2 lits) pouvant accueillir 26 personnes âgées. Elle est dotée d’une cuisine, d'une chapelle, d’une infirmerie. Un large couloir bien spacieux fait le tour d’un patio intérieur ombragé accessible à tous les résidents, même ceux à mobilité réduite. Une cour plantée de grands arbres donne aux personnes le souhaitant, la possibilité de s’isoler un peu, tout en ne se sentant pas seuls : la route n’est pas loin et leur permet de garder un contact avec l’extérieur.
Ils étaient une quinzaine en ce premier jour de l’année nouvelle à ainsi regarder passer le temps, avec la sérénité de ceux qui n’ont plus peur de le perdre.
Quand nous sommes arrivés, le personnel nettoyait les chambres à grande eau javellisée. Deux personnes sur quatre seulement, qui avaient fait appel à des membres de leurs familles pour donner un coup de main.
La visite du père Gérard (il vient en général 4 fois par an célébrer la messe lors des grandes fêtes liturgiques) fut accueillie avec beaucoup de joie, pour ne pas dire effusion, par tous, et plus d’un, de son fauteuil, l'appela impérativement :
— Bonjour, Dom Geraldo, vous allez bien ?
— Vous avez bien commencé l’année ?
— Vous savez, je vous ai écouté à la Radio Educadora !

Pas de plaintes, pas de regrets, pas même de résignation. De l’humour souvent.
— Moi, le médecin m’a dit qu’à la prochaine attaque, j’y resterai, il faut bien partir de quelque chose, non ?
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Sighna, si expansive !
Quant à moi, une seule personne m’interpella avec tristesse :
— Tu m’emmènes en France ?
Le ton était implorant, insistant… Émue, je ne trouvais d’autre argument que la longueur du trajet ; mais ce n’était pas le bon, puisque Siana réitéra sa demande. C’est le Père Gérard qui coupa court à ce désir d’évasion :
— En France ? Mais il fait -10° là-bas !
— Houlala, alors, je reste…

Et puis, il y avait Aurélio, le fazendeiro (propriétaire terrien) toujours aussi virulent, malgré ses 85 ans, la clef de son armoire en pendentif à son cou.
Et Sighna, muette, mais aux mimiques tellement expressives, avec des yeux tout pétillants, et si expansive !
Et encore Vicente, handicapé moteur qui habite là depuis 2 ans et tout fier de me montrer sa chambre « pour lui tout seul »… Lui, vient passer toutes les veillées de Noël et Nouvel An au Diocèse, et donnera le mot de la fin :
— Vous êtes bien ici ?
— Mieux qu’ici ? il n’y a que le ciel !
 
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