La menace constante des barrages miniers Version imprimable Suggérer par mail
03-04-2019
Le Brésil est riche de minerais. Grâce à l’entreprise « Vale », numéro 1 mondial du minerai de fer et fierté nationale, il est devenu en moins de 20 ans un des 3 grands pays miniers avec le Canada et l’Australie. Malheureusement, en trois ans, deux barrages miniers importants ont cédé sous la pression des sédiments stockés. Le pays est en état de choc, les Brésiliens sont inquiets car 790 barrages miniers jalonnent le pays, particulièrement dans le Minas Gerais. La récente catastrophe de Brumadinho a rappelé ce risque constant difficile à maîtriser.
Image
Rupture du barrage de Mariana : 60/millions de tonnes de déchets toxiques ; une cinquantaine de morts.

Les barrages miniers sont des structures retenant les déchets issus des mines (uranium, cuivre ou fer) ; on les appelle encore digues de résidus, car elles contiennent d’importants volumes de boue provenant du minerai préalablement broyé, lavé et traité et composés de sable très fin saturé d’eau.

Deux catastrophes en 4 ans

En novembre 2015, la rupture d’un barrage minier à Mariana (Minas Gerais), exploité par la compagnie minière Vale et l’­anglo-australienne BHP, avait fait 50 morts et provoqué la pire catastrophe environnementale de l’histoire du Brésil dans le secteur minier. En janvier 2019, la rupture du barrage de Brumadinho, dans la même région, et de la même entreprise Vale, provoqua le déversement de 13 millions de m3 de boue sur une dizaine de kilomètres emportant tout sur son passage. Conséquences : plus de 300 morts et disparus, une rivière polluée entraînant un problème d’approvisionnement de l’eau qui, une fois stockée, attire les moustiques favorisant la dengue et la fièvre jaune. Selon des spécialistes environnementaux, l’effondrement de ces deux barrages, aurait pu être évité. « Des contrôles de l’État et une réglementation plus stricte, ainsi que la mise en place de technologies plus modernes, pourraient transformer le secteur minier brésilien, rendant de telles catastrophes moins susceptibles de se produire » ont déclaré les spécialistes à la rédaction brésilienne du National Geographic. Mais, « au Brésil et dans le Minas Gerais, le minerai l’emporte sur tout et tout le monde » a confié le chercheur Leonardo Ivo, président de l’association des observateurs de l’environnement du Minas Gerais. La population s’aperçoit que le succès économique de la Vale s’est fait au détriment de la sécurité et bien souvent en soudoyant le pouvoir politique et en exerçant un chantage économique afin d’avoir les autorisations nécessaires. Suite aux deux catastrophes, les barrages utilisant la technique d’empilement des digues vient d’être interdite (l’entreprise demande généralement à augmenter leur capacité et à créer une nouvelle digue au-dessus de l’ancienne). Mais que faire des centaines de celles qui existent déjà, surtout quand les barrages se trouvent en amont d’une vallée étroite et habitée comme c’est souvent le cas dans le Minas Gerais ? À titre d’exemple : la petite ville de Guarulho (30 000 habitants) se trouve à moins de 250 m d’un barrage dont l’empilement des digues atteint 70 m de haut avec près de 10 fois la quantité de déchets de Brumadinho. (À partir d’extraits d’un article paru sur le site natgeo.pt.)

Image
Rupture du barrage de Brumadinha : 13/millions de m3 de déchets toxiques ; plus de 360 morts et disparus.
La réaction de l’Église

Le dimanche suivant la rupture du barrage de Brumadinho, lors de son émission « conversation avec les communautés » à la Radio Educadora, Dom Benedito dénonçait la politique du gouvernement qui une fois de plus prouvait « la force de la cupidité » d’un gouvernement pour qui l’aspect économique a été bien trop privilégié par rapport à la vie des citoyens et aux problèmes environnementaux. Dom Benedito s’est fait aussi le porte-­parole de la CNBB (conférence nationale des évêques du Brésil) ainsi que celui de l’archevêque de Belo Horizonte (capitale du Minas Gerais) et des évêques de la région, tous s’associant à la souffrance de ceux ayant perdu un des leurs :
• encourageant le soutien spirituel et matériel lors de la campagne de carême ;
• promettant la visite des missionnaires de toutes les communautés ;
• demandant aux entreprises de cesser d’accroître leurs profits ;
• exigeant de renforcer la sécurité du peuple (allusion à la possible technologie du traitement à sec des résidus miniers qui n’engendrerait qu’une hausse de 20 % des coûts) ;
• rappelant l’œuvre du Créateur ;
• faisant appel au respect des êtres humains, des plantes et des animaux, devant tous vivre en harmonie, car habitants de la planète, de la Maison Commune.
 
© Lettre d’Amazonie – 1 rue du Pont de Lodi – 75006 Paris – Tous droits réservés – Création : Caractère B.