La pastorale des migrants Version imprimable Suggérer par mail
Mady Huntzinger   
02-05-2013
Juste séparée de la Bolivie par le fleuve Mamoré, Guajará-Mirim accueille de nombreux étrangers, majoritairement des Boliviens, ayant traversé le rio dans l’espoir de trouver au Brésil une vie meilleure. Sur 42 000 habitants 10 000 sont Boliviens. Parmi eux, des clandestins sans papiers.
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Le Rio Mamoré sépare la Bolivie (au fond) du Brésil (avant plan).


En 1999 sœur Rosa Maria Zanchin créa la pastorale des migrants avec le soutien du diocèse qui mit un local à sa disposition. En 2000, sous l’impulsion de sœur Gloria, la pastorale prit un formidable essor.

« Ce n’est pas possible de rester les bras croisés »

Sœur Gloria ayant été nommée dans un autre diocèse en 2006, c’est une laïque bolivienne, Lola, venue de Trinidad (dans le Béni), qui lui succéda. Elle aussi était venue au Brésil pour changer de vie. Scandalisée par le sort réservé à ses compatriotes, elle décida de s’engager pour eux. « Ce n’est pas possible de rester les bras croisés » dit-elle avec véhémence. Lola parle de « discrimination pour la santé » ; se révolte contre la lenteur administrative systématique à régler les problèmes ou faire obtenir pour les migrants parfois illettrés, les documents nécessaires à l’obtention d’une carte de séjour et d’un visa permanent.

Accompagner pas à pas

Lola accompagne les migrants pas à pas après avoir fait des recherches (et trouvé) en Bolivie au registre d’état civil d’origine, un certificat de naissance ou un acte de mariage attestant de la nationalité de la personne et précisant ses antécédents. Tour à tour interprète ou traductrice (portugais/espagnol), elle se rend de la police fédérale à la police civile, puis va au consulat brésilien, en passant par le photographe. Grande est sa joie quand enfin une situation est régularisée, un contrat de travail obtenu, et lorsque les enfants peuvent être scolarisés au Brésil. De tempérament volontaire, connaissant parfaitement les lois, Lola est respectée. Quand on lui reproche de prendre la parole à la place du migrant, elle riposte : « s’il pouvait s’exprimer, je ne serais pas là » !

600 personnes par an

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Adam a quitté Guayaramerim avec sa femme, leurs 8 fils et leurs 5 filles, pour mieux vivre. Ils sont agriculteurs.
Elle voit en moyenne 600 personnes par an. Toutes ne restent pas à Guajará : « elles viennent, partent, reviennent ». Régulièrement elle rend visite aux familles, à celles qui tiennent un stand près du marché. Son accompagnement est autant administratif que moral : Lola fait partie de leur communauté, participe à leurs rencontres et se rend à leurs manifestations. Tous savent qu’ils peuvent compter sur Lola. Et elle, sait qu’elle peut compter sur le diocèse qui apporte son concours financier (photocopies, photos, déplacements etc.) et son appui dans le travail qu’elle entreprend.

La pastorale des migrants

Elle se trouve en face de l’accueil de l’évêché. Lola y a des permanences plusieurs fois par semaine et, certains jours, son bureau ne désemplit pas. La porte est toujours grande ouverte.

Le marché des Boliviens

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Ils sont là, regroupés dans une sorte de marché couvert pour vendre leurs pacotilles, venues de Porto Velho ou de Bolivie, ou « made in China ». Poupées blondes aux yeux bleus, ballons multicolores, peluches, habits, montres, tapis ; et aussi shampoings, peignes, miroirs. Ils se connaissent tous et se sentent chez eux en cet endroit qui leur est attribué.

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Tout le monde en ville connaît Victor Hugo, le cordonnier, et sa machine à coudre adossée à sa maison, dans la rue. Il vient de La Paz, a fait des études chez les Franciscains, et pensa au sacerdoce. Âgé de 65 ans Victor Hugo souffre de diabète. Il souhaiterait prendre sa retraite, mais bien que résidant à Guajará depuis 1993, il va avoir du mal à l’obtenir.

Au marché municipal

Seuls quelques Boliviens viennent au marché municipal proposer leurs produits qu’ils étalent soit à même le sol, soit sur des tréteaux en bois recouverts de planches. En général des légumes : oignons, ail, salades, poudre d’urucum, châtaignes du Para, galettes de poudre de chocolat compactes.

 
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