La réalité de l’Amazonie Version imprimable Suggérer par mail
05-08-2017
L’Église catholique du Brésil a toujours eu le souci d’accompagner les thèmes d’actualité dans son action évangélisatrice. Au début de l’année 2017, la CNBB (conférence nationale des évêques) s’est penchée tout particulièrement sur les problèmes environnementaux du Brésil. Elle a édité à cette occasion un document servant de guide de réflexion sur le thème d’une dynamique catéchistique : Voir (la réalité), Juger (à la lumière de la Parole), Agir (par des actions concrètes). Voici la partie : Voir, pour ce qui concerne l’Amazonie.
Familles de colons.
Familles de colons.
Selon le ministère de l’environnement (2016) l’Amazonie reste mythique : un vaste monde vert de forêts et d’eau, où l’immense canopée des arbres cache dans l’humidité, la naissance, la reproduction et la mort de plus d’un tiers des espèces vivantes sur terre. Et ce jusqu’à la végétation d’altitude dans les Andes, où naissent de nombreux fleuves contribuant à l’équilibre de la température de la planète. Le bassin hydrographique amazonien est le plus grand bassin du monde et couvre 6 millions de km2 avec 1 100 rios et affluents. Son principal fleuve, l’Amazone, déverse à la mer environ 175 millions de litres d’eau par seconde composés d’une grande quantité de matières organiques et de sédiments. Il en résulte ainsi une grande biodiversité marine.

Déboisement et migrations

Selon l’institut national de recherches spatiales (INPE) (2016), il est à noter une diminution du processus de déboisement de l’Amazonie, plus de 700 000 km2 de forêts défrichées. Mais il faut savoir qu'il existe un seuil de déforestation à partir duquel le processus s'autogénère spontanément. La forêt risque de se désintégrer comme par un effet domino. Ce serait la plus grande tragédie environnementale dans le pays, et même dans le monde, avec des conséquences incalculables pour le cycle du carbone de la planète. La politique gouvernementale de soutien aux barrages hydroélectriques, aux industries minières et à l’agro-industrie ne favorise pas sa sauvegarde. D’autre part, pour sortir l’Amazonie « du retard » dans laquelle elle vivait, le sud et le sud-est brésilien font subir toutes sortes de pressions aux populations locales toujours considérées comme un obstacle et une entrave au processus de développement de la région. Sur les 24 millions de Brésiliens vivant en Amazonie (recensement de 2010), environ 80 % d’entre eux vivent actuellement dans les zones urbaines, avec tous les problèmes qui en découlent : absence d’assainissement, surpopulation dans les faubourgs, insalubrité, chômage et tous maux engendrés par une trop grande concentration.

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Le Rondônia : à la défense de ses terres

Pourtant depuis des décennies, les luttes pour maintenir le territoire marquent l’Amazonie.
Notre région du Rondônia affiche un nombre record de conflits pour la terre, entre les possédants, les occupants et les peuples autochtones. Ainsi :
– les populations traditionnelles défendent leurs droits séculiers. Elles veulent que leurs territoires soient pleinement reconnus et légalisés ;
– les Indiens luttent depuis toujours pour la démarcation de leurs terres et leurs lacs ;
– les riverains du fleuve tentent (et réussissent petit à petit) de faire reconnaître le droit communautaire à utiliser leurs terres ;
– les populations noires demandent que leur territoire ethnique soit reconnu et démarqué ;
– les seringueiros et cueilleurs de châtaignes souhaitent la création de réserves naturelles extractives ;
– les colons et les petits défricheurs revendiquent la reconnaissance légale de leurs parcelles.

Le diocèse de Guajará-Mirim

De nombreuses lignes (zone de colonisation rurale qui s’était formée autour de pistes d’accès rectilignes en forme d’arêtes de poisson) sont en voie de désertification, et dans la région du diocèse aussi, les populations émigrent vers les zones urbaines en même temps qu’avance l’agro-industrie liée au soja et autres cultures industrielles.

Tenir compte de la réalité amazonienne dans une politique publique efficace
Cela me permet de répéter ce que disent nos leaders de communautés rurales et que j’ai déjà évoqué à la Radio, à savoir la perte de la dynamique dans certaines de nos régions, due à la fermeture des écoles, à la disparition de la communauté rurale ainsi qu’au terrain de foot, et à l’arrivée de l’agro-industrie. Il manque une politique publique de soutien à l’agriculture familiale, de maintien des familles, et de la vie en communautés rurales. Les populations Sans Terre luttent pour une réforme agraire qui mettrait fin aux grands domaines, créerait de nouvelles colonies sur les terres inoccupées tout en tenant compte de la réalité amazonienne, et dans une politique publique efficace.

 
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