La santé à Guajará Version imprimable Suggérer par mail
04-11-2017
Lors de la publication dans la revue précédente du texte intitulé « ceux du rio Ouro Preto » écrit par le docteur Jean Xavier Boué, nous annoncions un article traitant de la santé à Guajará. Le voilà. Une première partie de ce texte donne un aperçu général de la situation présenté par le docteur Jean Louis Bardy, ancien coopérant médecin à l’hôpital Bon Pasteur lui aussi, et qui officie maintenant en tant que pédiatre à Guajará. Il est complété par des informations données par dom Benedito et Gilles de Catheu. La deuxième parle des visites d’une religieuse, sœur Martha, dans des quartiers défavorisés.

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Elle attend son ordonnance que rédige le docteur Jean Louis Bardy.
L’organisation de la santé au Brésil est complètement différente de celle que nous connaissons en France.

Le secteur privé

L’hôpital Bon Pasteur en fait partie. On y pratique une « petite chirurgie d’urgence ». Les cabinets privés offrent un bon niveau de soins mais très onéreux, car même avec les mutuelles, certains deviennent inaccessibles. Pourtant, de nombreuses personnes, malgré leur peu de ressources, se rendent dans les cliniques privées afin de bénéficier de soins de qualité, et sans avoir à se déplacer à plusieurs centaines de kilomètres de leur domicile. Il n’empêche qu’il n’y a aucun spécialiste à Guajará. Il faut pour cela se rendre à Porto Velho.

Dans le secteur public

Le SUS, Système Unique de Santé serait en soi un bon système de santé car il prend en charge tous les soins à 100 %. Mais on peut véritablement parler de défaillances du système de santé publique et plus particulièrement à Guajará, car la corruption en compromet toute la structure.

L’hôpital régional

Il y a à Guajará un hôpital public dit « régional », des postes de santé de quartier (7) ouverts à jours fixes avec médecin et infirmière. Tout semblerait donc aller pour le mieux. Hélas, il y a souvent pénurie des médicaments de base et de pansements, tant aux postes de santé qu’à l’hôpital et ils doivent être achetés en pharmacie. L’hôpital régional manque d’équipements pour les actes chirurgicaux, radios, électrocardiogrammes, scanners. Il a été de longs mois dans un état quasi d’abandon, situation d’irresponsabilité absolue essentiellement due aux tensions entre la préfecture et le gouvernement.
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Le service des admissions à l’hôpital régional.
Ce fut un véritable chaos dénoncé par dom Benedito à la Radio Educadora. Il en a résulté le licenciement de toute la direction pour incompétence et la mise en place d’une équipe nommée par le Secrétaire à la Santé de l’état. Malgré ces changements, tout laisse encore à désirer !

Le service des urgences

Une femme de 59 ans y est morte après 4 jours d’attente dans le coma suite à un AVC ! D’autres décèdent faute de transports. L’an dernier le local avait été refait, mais fut fermé peu de temps après car il ne répondait pas aux normes de sécurité. L’hôpital régional de Guajará accueillant aussi des malades de Bolivie, de Costa Marques, de Nova Mamoré, cela ne simplifie pas la situation.
Selon son état, le malade est soigné sur place ou acheminé vers Porto Velho où les soins et les médicaments sont également gratuits. Mais là aussi, ils peuvent manquer si l’administration est défaillante.

La pédiatrie

Elle a d’abord subi plusieurs transferts entre l’hôpital Bon Pasteur et l’hôpital régional qui a réaménagé les locaux. Mais, ne répondant pas aux normes de sécurité, la pédiatrie est actuellement sous-traitée par l’hôpital Bom Pastor.

La maternité

En attendant la fin des travaux d’un nouvel hôpital toujours en construction depuis plusieurs années (dont personne ne sait quand il sera terminé, ni à quoi il servira !) c’est aussi l’hôpital bon Pasteur qui prend en charge ce service.

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Manifestation pour un hôpital.
Il vaut mieux ne pas être malade à Guajará…

Pour les deux hôpitaux : privé et public, il y a en tout et pour tout deux ambulances qui font la navette entre Guajará et Porto Velho. Leur état laisse à désirer (pneus lisses, suspension quasi inexistante) et elles sont mal entretenues à cause de l'incurie de la bureaucratie. De plus, d’après la loi, la présence d’un médecin est obligatoire lors d’un transfert en ambulance. Or c’est le médecin de garde (l’unique à demeure) qui doit alors partir… Il n’y a aussi qu’un seul anesthésiste de 70 ans qui a déjà fait un infarctus et est de garde 24 heures sur 24 pour tous les services !

Avec la grâce de Dieu

Comme le dit le docteur Jean Louis « le problème de la santé a toujours existé à cause des rapports entre l’administration et l’état, mais il a empiré. Alors on apprend à utiliser le système D, avec la grâce de Dieu. On a une chance inouïe d’arriver, malgré tout, à faire beaucoup de choses ».
 
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