Le Cimi : pour nous, vous êtes ceux qui nous ouvrent les yeux Version imprimable Suggérer par mail
24-05-2015
Dans la Lettre d’Amazonie n° 206, Gilles de Catheu présentait le Cimi (Conseil Indigéniste Missionnaire) où il reste engagé. Ici, Gilles expose les objectifs du Cimi et le travail des membres de l’équipe.
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Antonio, membre du Cimi avec une indienne bolivienne de Guajará.
On ne peut prétendre aider quelqu’un sans le connaître. La bonne volonté ne suffit pas. Si les revues et publications du Cimi, les articles et les livres d’anthropologie sont la base de la formation continue, des connaissances en linguistique, histoire et droits indigènes, s’avèrent indispensables. En effet, appelés à intervenir dans des débats, à donner des interviews et à transmettre aux indiens sous forme simplifiée des informations souvent complexes, les membres du Cimi doivent se former dans tous les domaines.

Un vécu partagé

Ils sont appelés aussi à manifester une présence solidaire et constante auprès des peuples indiens, cherchant à valoriser « le sacré » de chaque culture. Dom Roberto Gomes de Arruda en est un bel exemple, lui qui à partir de 1984 et jusqu’à sa mort en 2003, choisit de vivre à Sagarana 6 mois par an pendant 20 ans et réalisa avec l’aide de quelques Wari’ un dictionnaire et la transcription de nombreux mythes Oro Wari.
La richesse culturelle de chaque peuple ressemble à une forêt qui se découvre progressivement (encore faut-il être attentif !), et jamais complètement ; d’où la nécessité de la connaissance des mythes, de la cosmologie, des coutumes et des rituels ; de même que la participation à la vie du village. Une bonne maîtrise de la langue permet de pénétrer les fibres de l’âme indienne et le dialogue avec les anciens.
Mais de nos jours les missionnaires sont pris par de multiples tâches et ont moins de temps à consacrer à cette approche.

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Gilles de Catheu avec Cyntia (Cimi) à l’extrême droite et 2 indiens de Sagarana.
Un accompagnement ciblé

Les indiens sont demandeurs de formation. D’ailleurs ils nous le disent souvent « pour nous, vous êtes ceux qui nous ouvrent les yeux ». Jusqu’aux années 90, la formation d’agents de santé et d’instituteurs indiens était la quasi-exclusivité du Cimi et de rares ONG. Les résultats de leurs travaux et la pression du mouvement indien ont décidé l’État à rémunérer ces travailleurs bénévoles et à assumer le programme de leur formation. Ainsi un grand nombre d’instituteurs a pu entrer en faculté. Cela n’a pas été le cas pour les agents de santé dont la formation s’est vite arrêtée à cause des détournements de fonds de la Funasa (Fondation Nationale de la Santé) rattachée au Ministère de la Santé. Et bien que suite à de nombreux scandales la responsabilité de la santé indienne soit passée en 2010 de la Funasa à un secrétariat de santé indien, rien ne s’est amélioré pour autant !
Ces dernières années, le Cimi s’est davantage investi dans la formation juridique et l’accompagnement des politiques publiques afin d’outiller les indiens dans la défense de leurs droits. Cette formation peut être informelle soit pendant les visites dans les villages, à la permanence du Cimi et les rencontres et assemblées, ou formelle, par le biais de cours. Le Cimi confectionne régulièrement des feuillets et livrets didactiques à cet effet.

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Rencontre de jeunes leaders indiens sous le chapeau de paille du Cimi de Guajará.
Au niveau mondial

Avec une main de fer dans un gant de velours, le gouvernement de Dilma Roussef (à la suite de Lula) a mis en place les projets pharaoniques du Pac (Programme de l’accélération du développement) qui affectent l’écologie et les populations d’Amazonie. Le Brésil toujours bon dribbleur contourne sa Constitution Fédérale et la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail dont elle est signataire (le texte exige que les indiens soient consultés avant toute décision qui les concerne).
Les pays de l’Union Européenne qui ne tiennent pas à être en mauvais terme avec ce géant qui démarre sur les chapeaux de roue, font mine de croire que tout est en règle. Au Brésil, les opposants aux projets du Pac (indiens et Cimi) sont taxés d’« ennemis de la nation ».
Certes les indiens disent qu’ils ne sont pas contre le développement du pays, mais ils refusent d’en faire les frais. Ils ont d’autant plus raison que bon nombre de ces projets ne sont pas raisonnables : ouverture de routes, commerce de bois précieux, exploitation de gisements de minerais, construction de barrages et d’écluses, déboisement intempestif pour l’élevage et les cultures industrielles de canne à sucre, café, coton, soja, usage inconditionnel de pesticides. « L’économie verte » (dont font partie le REDD et le commerce des crédits de carbone), proposée comme solution pour le développement durable des pays pauvres, est un piège dangereux.
Dans ce contexte, l’alliance avec des mouvements sociaux (lutte contre les barrages) l’appui d’instances comme celle de l’Église (Commission Pastorale de la Terre, les Sans-Terre), sont primordiales.

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P.S. Nous tenons à vous dire que Gilles a été nommé citoyen d’honneur de la ville de Guajará, tout comme le père Gérard l’an dernier ! Félicitations à tous les deux qui le méritent bien !
 
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