Le cupuaçu, plante biopiratée Version imprimable Suggérer par mail
Source : www.amazonlink.org   
28-02-2009
La biopiraterie fait l’objet de nombreux dossiers. Lettre d’Amazonie a publié dans la Lettre N° 167 un article sur l’ayahuasca, plante amazonienne aux vertus médicinales reconnues, piratée par un Californien, commercialisée par les États-Unis, brevet US à l’appui ! Cette pratique est loin de disparaître puisque prometteuse d’un enrichissement considérable pour les prédateurs. Il importe donc de montrer, sans se lasser, la diversité des produits ainsi dérobés aux droits légitimes des peuples indigènes et, tout simplement, de l’humanité. On trouvera ci-dessous quelques éléments concernant les tentatives de possession, par brevet interposé, d’une autre plante amazonienne, et cette fois-ci par une entreprise japonaise.
À gauche, le copaçu (fruit et pulpe) et à droite le cacao (cabosse et fruits).
À gauche, le copaçu (fruit et pulpe) et à droite le cacao (cabosse et fruits).
Le cupuaçu (theobroma grandiflorum) arbre pouvant atteindre 20 mètres de hauteur, appartient à la famille du cacaoyer (theobroma cacao). Ses fruits de forme oblongue similaires à ceux du cacaoyer, mûrissent pendant la saison pluvieuse, de janvier à avril. Le cupuaçu doit sa réputation à une pulpe crémeuse très parfumée, de saveur bien particulière, très recherchée au Brésil et au Pérou pour la fabrication de jus de fruits, de sorbets, de gelées et de gâteaux. Le beurre de ses graines entre, quant à lui, dans la composition de certains produits cosmétiques. La demande dépasse largement l’offre.

Utilisation traditionnelle

Des générations entières de peuples indigènes et de communautés locales des rives de l’Amazone cultivèrent le cupuaçu pour s’en nourrir. Dans les temps anciens, ses graines faisaient l’objet d’un commerce le long du Rio Negro et de l’Orénoque où le jus de cupuaçu, une fois béni par le médecin traditionnel de la tribu, était utilisé pour faciliter les naissances difficiles. Le peuple Tikuna emploie encore les graines du cupuaçu pour soulager les douleurs abdominales.

Theobroma grandiflorum
Theobroma grandiflorum.
Exploitation économique

Aujourd’hui la valeur marchande relativement élevée (2 à 4 dollars par kilo) de la pulpe du fruit utilisée aussi dans la fabrication de produits frais, rend la culture de l’arbre cupuaçu de plus en plus intéressante. Les graines de theobroma grandiflorum (environ 20 % du poids du fruit), entrent quant à elles, dans la fabrication d’une sorte de chocolat. Des initiatives sont nées dans diverses régions du Brésil afin de développer le « chocolat de cupuaçu », appelé également cupulate.

Au Japon

Au Japon, ce chocolat est produit et commercialisé. Durant les quatre premiers mois de 2002 déjà, l’État d’Amazonas exporta vers le Japon 50 tonnes de graines de cupuaçu. Il était prévu que les Japonais en achètent 200 tonnes supplémentaires destinées à la transformation industrielle. Différents brevets furent pris sur l’extraction d’huile à partir de la graine de cupuaçu et sur la production de chocolat de cupuaçu et déposés par la société Asahi Foods Co, Ltd, de Kyoto, Japon. Le soi-disant inventeur, en même temps directeur de Asahi Foods et propriétaire de l’entreprise américaine Cupuaçu International Inc., détient un autre brevet mondial sur le traitement de la graine de cupuaçu.

Théobroma cacao
Théobroma cacao.
Protestations et réactions

Des organisations d’Amazonie parmi lesquelles le GTA, Amazonlink et Greenpeace, protestèrent contre ce brevet : comment peut-on obtenir un droit de propriété sur le nom d’une plante appartenant au patrimoine culturel des peuples de la forêt ? Cette interrogation traduit l’indignation des communautés indigènes d’Amazonie et des petits exportateurs lésés. La fête du cupuaçu, qui se tient traditionnellement tous les ans dans la ville du président Figueirero, dans l’État d’Amazonas, fut le lieu et l’occasion du lancement d’une campagne menée par le GTA. Le réseau GTA regroupe 513 associations (pêcheurs, indigènes, familles d’agriculteurs, défenseurs de l’environnement, femmes conseillères techniques…), qui depuis 1992 revendiquent l’adoption de politiques publiques orientées vers le développement équitable et durable de l’Amazonie brésilienne contre la biopiraterie. Toutes ont été invitées à appuyer cette campagne en inscrivant leur nom sur une immense banderole portant le message suivant : « le cupuaçu est à nous ».
« L’objectif de la campagne est d’obtenir une législation brésilienne adaptée à la défense des savoirs traditionnels et indigènes, comme les formules utilisées ou les semences locales », déclara Adilson Vieira, secrétaire exécutif du GTA. « Nous voulons que le Brésil adopte une attitude ferme contre les brevets sur l’être vivant lors des délibérations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et des Nations Unies. L’Amazonie brésilienne possède une biodiversité aussi vaste que mal connue. Il est inacceptable que notre patrimoine continue à être exploité sans que le bénéfice en revienne aux populations traditionnelles qui maintiennent l’intégrité de la forêt », a déclaré Paulo Adârio, coordinateur de la campagne « Amazonie » de Greenpeace.

Source : www.amazonlink.org
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