L’ermite de la BR 364 Version imprimable Suggérer par mail
Mady Huntzinger   
01-09-2010
La veille de notre visite au barrage de Jirau (dont nous parlerons longuement dans la lettre de décembre), le père Gérard nous demanda de préparer un substantiel sandwich pour le Senhor Antonio, que nous allions rencontrer le lendemain en prenant la route de Guajará à Porto Velho.
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Partis de bonne heure (le chantier du barrage se trouve à 200 km de Guajará), la brume étirait encore ses traînées vaporeuses, quand le Père Gérard demanda à Régis au volant, de ralentir. Rien n’indiquant pourtant qu'un être humain pouvait vivre en un tel endroit : l’asphalte à perte de vue, de part et d’autre des étendues vertes de cultures, des bouquets de palmiers ça et là, au loin. Pourtant, son « ami de la route » devait se trouver par là… quelque part. En effet, dès que le Père Gérard sortit de la voiture, un homme efflanqué, aux cheveux mi-longs blancs, à la barbe blanche abondante, sortit du bas-côté gauche de la BR. Lentement, Antonio, car c’était lui, s’avança à la rencontre de Dom Geraldo, le visage buriné par le soleil, le regard retenu…

La générosité du pauvre

Ils se saluèrent à la brésilienne, sans effusion, mais avec une sorte de gravité empreinte de réserve. Quelques mots échangés, la collation préparée ce matin, offerte, et l’homme s’éloigna. De retour dans la voiture, le Père Gérard nous montra un petit rouleau serré qu’Antonio lui avait donné « pour ses enfants pauvres »… Il le déroula devant nous : c’étaient deux billets de 20 réals et un autre de 5 (20 euros). « La générosité du pauvre » commenta, très ému, le Père Gérard. Il raconta alors qui était cet homme, vivant seul, mi-sauvage, se montrant rarement.

Antonio

Désapprouvant le régime de Fidel Castro, Antonio quitta Cuba, son pays natal, en 1968, pour se rendre aux États-Unis. De là, il embarqua pour le Brésil. Arrivé à Manaus, l’homme aurait continué à pied sur la transamazonienne. Il mit vingt jours pour arriver jusqu’à Porto Velho où il fut terrassé par la malaria. Il dit avoir été guéri avec l’aide de l’Église catholique.

Un ermite

Une fois rétabli, Antonio se remit en route. Un soir, il décida de s’arrêter au bord d’une étendue d’eau, en contrebas de la BR, sur un terrain pentu, protégé des regards. L’endroit lui plut. Il ne le quitta plus. Il se procura une bâche qui le protège à la fois de la pluie et du soleil et vit ici depuis, se nourrissant de poissons, buvant l’eau du lac. L’aumône de ceux qu’il rencontre lui permet quelques achats, parfois, à la ville.

Un grand mystère

Antonio aime être là, loin de tous et de tout, car dit-il « j’ai tout ce que je veux pour survivre. Je n’ai besoin de rien d’autre ». Cela fait 3 ans qu’Antonio reste près du talus de la BR 364. Souvent des voyageurs s´arrêtent. Mais il refuse systématiquement toute aide quand il sait pouvoir tenir quelques jours. Quel mystère enveloppe cet être qui a droit à son secret et que tous respectent ? Et comment cet homme peut-il résister aux longs mois de pluie, dans de telles conditions ? Là encore le mystère reste total.
 
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