Nos frères Indiens Version imprimable Suggérer par mail
Père Jean Picard et Père Zezinho Iborra   
28-12-2008
Voici quelques témoignages extraits, les premiers de la dernière lettre du Père Jean Picard, les seconds, d’un article du Père Zezinho Iborra.

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Enfin reconnus

Pour la première fois dans leur histoire tous les Indiens vivant à Costa Marques et dans les environs furent invités par le CIMI (Conseil Indigène Missionnaire) à se retrouver en mars dernier. La réunion eut lieu dans la grande salle de notre Jardin Beija Flor. Plus de 120 Indiens étaient présents, dont des Purubora, des Cujubim, des Migueleno, des Arua, des Salkiabiat, des Mequem, des Kanoé, des Tupari, des Guarayo, des Cassupa, des Makurap, des Kulazat, des Wayoro… À ma grande surprise j’en connaissais plusieurs sans savoir qui ils étaient. Pendant des décennies, à cause de la discrimination dont ils sont encore victimes aujourd’hui, ils eurent honte de parler de leurs origines et cachaient leur identité propre… Aujourd’hui, grâce à la pastorale de l’Église, non seulement ils ne craignent plus de la décliner, mais, au contraire, en sont fiers. J’étais heureux lors de cette assemblée de voir Victor, le mari de notre employée Gézabel, prendre le micro au nom de la tribu des Cujubim dont il fait partie. Dernièrement, l’une de ses filles participa à une rencontre nationale indigéniste à Brasilia… Quelques jours plus tard une jeune fille guarani se présenta au presbytère. Pour la petite histoire : quand il fut question des dates de vaccinations pour les Indiens, le nouveau secrétaire municipal de la Santé s’éclipsa, si bien que l’équipe du CIMI de Guajará me demanda si la paroisse pourrait prêter un local à cette occasion. Je répondis que la Pastorale de la Santé serait heureuse de les accueillir ! Père Jean Picard, Prêtre fidei donum

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Le Père Jean Picard devant ce qui reste de la maison.
Un incendie criminel

Encore un acte de vengeance… Suite à une dénonciation calomnieuse, pour motif de représailles, une famille de la tribu des Cojubim s’est vue expulsée du lieu où elle vivait depuis 54 ans. Et sans procédure judiciaire préalable. Il ne reste de leur maison qu’un rectangle de cendres et quelques morceaux de bois calcinés. Père J. P.

Chassés de chez eux

Un matin je reçus la visite d’une famille de la tribu des Cujubim accompagnée de deux ressortissants de l’ethnie Puruburá. Ils venaient me demander de l’aide pour une mère, ses 10 fils et leurs 4 petits-enfants. Cette famille travaillait depuis de nombreuses années dans une plantation d’hévéas (arbres fournissant le latex) quand un jour une toyota de l’Armée arriva, avec à bord un sergent, un caporal et quatre soldats. Ils firent sortir les Indiens de leur maison, placèrent trois soldats en poste à l’entrée et mirent la demeure à sac. Motif de l’intrusion : vente illégale de viande d’animal sauvage. Les militaires brûlèrent le sanglier préparé pour le repas (et non pour la vente), confisquèrent les fusils de chasse et demandèrent aux Indiens de les suivre, d’abord à l’IBAMA, (Milieu Ambiant) qui les taxa d’une amende de 500 euros, puis au commissariat où la police civile leur confisqua leurs fusils de chasse, leur fit payer deux amendes de 160 euros, pour éviter la prison, et leur interdit de retourner à leur maison.
Famille Cujubim
Famille Cujubim.
Plus tard on les somma de se présenter au Palais de Justice de Costa Marques. Après avoir reçu et transmis leur dossier à notre ami le Docteur Pedro, avocat et professeur, je rencontrais le responsable de la communauté Saint Sébastien au km 15. Le Senor Manoel, également ministre extraordinaire de l’Eucharistie, connaît bien cette ethnie qui vit depuis 25 ans sur cette aire militaire. Les enfants continuent à y cultiver la terre et à cueillir la « castanha » (châtaigne du Brésil). Comme il n’y a pas de limite définie pour la récolte de la châtaigne, des disputes éclatent souvent. Manoel pense qu’il s’agit d’une dénonciation par vengeance. Père J. P.

Une aberration !

Des Miguelem viennent sur leurs propres terres, près du fleuve Sao Miguel (affluent du fleuve Guaporé) de prendre une pénalité pour chasse et pêche illégale. En effet, les agents de l’IBAMA et de l’institut Chico Mendes viennent de verbaliser un Indien Miquelem nommé Gétulio Freitas et son fils, tous deux habitants de Porto Murtinho, dans le territoire de Sao Francisco do Guaporé (Rondônia). Ils sont accusés de pêche clandestine pour 40 kg et de chasse interdite (un ragondin) en ce lieu. Non seulement ils ont dû payer 500 euros, mais les forces publiques s’emparèrent du canoë, d’un moteur, ainsi que d’un fusil et du matériel de pêche. Les Indiens Miguelem sont révoltés contre l’IBAMA pour ce fait entre autres, et aussi pour leur exclusion de la zone du « citronnier », là où a été créée en 1982, la réserve biologique du Guaporé. Celle-ci fut définie sans tenir compte aucunement de l’existence des groupes Miguelem et Tupari ayant toujours vécu là.
Jeune fille Tupari
Jeune fille Tupari.
Aujourd’hui, ils contestent cette situation… Leurs voisins Purobora, eux, revendiquent la reconnaissance de leurs terres sur le fleuve Manoel Corréia. En effet, ces peuples ne peuvent plus pratiquer leurs activités traditionnelles de chasse et de pêche de subsistance, ni emmener paître le bétail de l’autre côté du fleuve… Si un Indien peut vivre sans détruire la forêt, il ne peut pas vivre sans chasser pour s’alimenter. Cette année, la FUNAI (Fondation Nationale de l’Indien) a organisé un groupe de travail officiel qui étudie leurs droits. Pour l’instant seule a été reconnue à l’intérieur de la réserve du Guaporé, la terre indigène de Massako, où existe une peuplade indigène sans contact avec le monde extérieur. Père Zezinho Iborra
 
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