Pour des panneaux solaires Version imprimable Suggérer par mail
Père Zezinho Iborra   
27-07-2009
Dans la Lettre 187, le dossier du complexe hydroélectrique dans le Rondônia se terminait (P 7) par un petit texte du Père Zezinho intitulé « Autour des terres indigènes ». Il y parlait de l’installation de panneaux solaires pour certaines tribus indigènes toujours privées d’électricité. Dans le présent récit il nous fait part des difficultés rencontrées pour arriver jusqu’à ces peuples. Le plus difficile fut d’arriver à rejoindre les familles.
Image
Accessible seulement par l’eau.
Panne sur la pisteJ’étais parti de São Francisco en voiture particulière, sur une piste de terre en très mauvais état. À mi-parcours, le véhicule s’enlisa au milieu d’une profonde flaque d’eau. Après avoir réussi à en sortir en marche arrière, il tomba en panne et s’immobilisa. Au bout de quelques heures d’attente, une des rares camionnettes qui passait par là me remorqua jusqu’à un garage de São Domingos. La pièce de rechange nécessaire au dépannage n’étant pas disponible, il me fallut attendre le lendemain pour rejoindre Costa Marques.

À l’aller

En bateau, puis en barque
Là, préparation et chargement de notre bateau au port, que nous quittons avec à bord, le pilote, son gendre, et l’installateur des panneaux solaires. Au bout d’une nuit de navigation, nous nous arrêtons à Versalles (Bolivie) pour célébrer la messe dominicale puis continuons pour arriver de nuit, à Pau d’Olho.
Image
La piste en terre.

Le lendemain, sur une barque en aluminium de 8,5 m de long, nous déchargeons tout le contenu du bateau : panneaux solaires, fils électriques, planches en bois, ampoules, interrupteurs, contrôleurs, ainsi que nos vêtements, hamacs, casseroles, vaisselle, petite plaque de cuisson et bouteille de gaz, et à peu près 140 litres d’essence nécessaires au moteur hors bord de 15 CV.

Panne sur le Rio
Nous avions prévu 12 heures de voyage jusqu’à l’embouchure du Rio Branco puis la remontée vers le premier village, car on nous avait dit que la rivière serait “propre” : « Il y a seulement un banc d’algues flottantes » (en novembre, période de basses eaux, nous n’avions pas pu passer). Or, en arrivant au Rio Preto, le moteur s’arrêta après trois heures de navigation. Bien que José se soit dit mécanicien expérimenté, nous avons été obligés de rebrousser chemin, ramant pendant 5 heures pour revenir au point de départ à Pau d’Olho.
Là, par chance, il nous fut possible d’emprunter un petit moteur de 5 CV, et le jour suivant, nous tentions la remontée plus lentement. Et à midi nous arrivions avec succès au Rio Preto ! Précautionneusement, à l’aide de nos perches nous passâmes entre quelques troncs glissant sur la rivière et des tapis de plantes aquatiques flottantes. Les abeilles qui nous avaient attaqués cette fois-là n’y étaient plus, peut-être parce que la remontée des eaux (de 5 à 6 m) avait submergé leur nid.
Image
Installation d’un panneau solaire.
Peu après, nouveau matelas de colcha tellement épais et long que nous n’en voyions pas la fin. Avec beaucoup de difficulté nous avons poussé la barque avec nos perches, en avançant péniblement. Malgré cela, nous restâmes bloqués en plein milieu. La pluie qui menaçait, s’est alors mise à tomber ; nous avons tenté de couper des branches encombrant la rivière mais cette fois-ci des abeilles attaquèrent. Il ne nous resta plus qu’à décharger la barque, la traîner sur le banc de plantes si compact qu’on pouvait y marcher quasi comme sur de la terre ferme, puis à la recharger plus en amont.
Finalement, nous pûmes continuer, mais, complètement trempés. Nous étions encore loin du but et ne sommes arrivés qu’à la tombée de la nuit. Le reste du trajet fut plus facile mais néanmoins fatiguant.

Sur place

Installation des panneaux
De village en village, nous nous arrêtions pour livrer les panneaux solaires chez les familles qui n’en avaient pas, et les installer. Dans la majorité des cas on nous offrait le couvert : riz, farine, gibier et poissons pêchés à l’arc dans les petits bras du rio et dans les champs inondés en bordure de la rivière. La nuit, notre groupe s’installait dans les petites écoles ou les lieux communautaires des villages. Mes compagnons dormaient dans leur hamac et moi sous une petite tente qui me sert également de moustiquaire. Dans certains villages nous avons rencontré des aides-infirmiers consultant dans des postes de santé et, à un endroit nous avons même trouvé un dentiste !!
Image
Famille indienne.
Au retour bien que la charge de notre embarcation fut plus légère, nous avons dû de nouveau la tirer au-dessus de la colcha, et ne sommes arrivés que de nuit au bateau qui nous attendait avec un matelas plus accueillant que celui de la barque et les vêtements propres et secs laissés au départ. De retour à Costa Marques, le trajet en voiture pour revenir à Sao Francisco n’a pas non plus été facile, mais ceci est une autre histoire…

À ce jour

Cette fois-ci, nous avons installé les 34 derniers panneaux solaires de notre projet. Ils profitent à 200 familles. Avec les projets antérieurs, ce sont maintenant 400 familles qui bénéficient de l’énergie solaire. Nous n’avons hélas pu les équiper toutes et environ 40 qui se trouvent plus en amont et plus près de la route qui rejoint Alta Floresta, sont restées sans.

Père Zezinho
 
< Précédent   Suivant >
© Lettre d’Amazonie – 1 rue du Pont de Lodi – 75006 Paris – Tous droits réservés – Création : Caractère B.