Le Brésil a besoin de protéger l’Amazonie Version imprimable Suggérer par mail
Frei Betto   
12-11-2009
L’Amazonie couvre 5 % de la surface terrestre du globe et abrite 20 % des réserves mondiales d’eau douce. On y trouve 30 % de la biodiversité mondiale. Autant de raisons – et la liste pourrait être allongée facilement – d’être inquiet pour son avenir lorsque, comme Frei Betto, on est informé des destructions et pillages qui continuent à s’y dérouler. Cet article, publié dans Adital par Dial, cherche lui aussi à tirer la sonnette d’alarme.

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Manguier et ses fruits
Sa diversité : force et faiblesse

Sa richesse

Près de 30 % de toutes les variétés de faune et de flore de la planète se rencontrent en Amazonie qui contient ainsi 34 % des réserves mondiales de forêts et une incalculable réserve de minerais (or, cassitérite, tantale…). L’Amazonie brésilienne, elle, possède 22 000 km de rivières et abrite 20 % de l’eau douce du monde.

Sa fragilité

La richesse unique de ce territoire est aussi son pire ennemi, car elle attire toutes les convoitises.
Ainsi la bio-piraterie y règne sans contrôle. Sa socio-biodiversité se dégrade sous l’action d’environ 1 300 entreprises de biotechnologie dont le siège est, pour la plupart d’entre elles, aux États-Unis. La quantité de matériel génétique volé par an durant les dernières années atteint 20 000 exemplaires des diverses espèces.
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Fruits d’avocatier
De même, un important entrepreneur brésilien qui investit en Amazonie, disait avoir vu à plusieurs reprises deux yachts de Bill Gates, équipés d’une plate-forme pour hélicoptères, naviguant sur l’Amazone. Le fondateur de Microsoft ne fait rien sans raison.
Un peu plus de 25 000 grands propriétaires dominent un territoire équivalent à celui occupé par les populations indigènes, noires et métisses, qui atteignent 2 millions de personnes.
En 2008 le thème de la Campagne de la fraternité de l’Église catho­lique fut axé sur l’Amazonie. Les évêques attiraient l’attention sur « encore beaucoup de désinformation et d’idées préconçues au sujet des peuples et du monde de l’Amazonie. Il faut dépasser l’idée toute faite selon laquelle seul est civilisé le peuple qui vit dans et par le commerce, pensant comme le veulent les plus forts et les plus riches, maîtres sans scrupule des moyens de communication. Les peuples d’Amazonie ne sont pas des sauvages attardés et ignorants. Percevoir le sens historique et symbolique de l’Amazonie peut nous amener à découvrir, en lien avec ces peuples, une vision plus humaine et généreuse de la vie ».

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Retour de pêche : tambachi
Défendre l’Amazonie

Mieux la faire connaître

Écoles, associations, syndicats, ONG et mouvements sociaux divers doivent promouvoir des débats sur la région afin d’approfondir la connaissance de son histoire, de sa culture, de ses traditions culinaires, de ses plantes médicinales. Il faut faire pression sur les députés fédéraux et les sénateurs afin que soit appliqué l’article 51 des dispositions provisoires de la Constitution – il y a presque 20 ans qu’elles sont dans un tiroir – et obliger le Congrès à revoir toutes les concessions de terres publiques d’une surface supérieure à 3 000 hectares.

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Fleur d’hibiscus
Empêcher qu’elle devienne un désert

L’Amazonie va devenir un désert si dès maintenant on n’empêche pas la déforestation croissante, l’usage des agro-toxiques et la plantation de transgéniques. Selon le Ministère de l’environnement l’action prédatrice des forestiers, miniers et grands propriétaires de l’agrobusiness, a déjà entraîné la dévastation de 70 millions d’hectares de forêts. Plus de 22 millions pour les seules dix dernières années.

Freiner la monoculture et l’exploitation sidérurgique

Selon les évêques « le même gouvernement qui élabore le plan de développement durable de l’Amazonie finance et appuie les monocultures intensives et extensives de grains, de canne à sucre et d’eucalyptus, incite à développer l’exploitation minière et sidérurgique, et fait peu ou rien, pour combattre l’occupation illégitime des terres, ajuster et actualiser les indices de productivité des propriétés rurales et régulariser la propriété de la terre des populations traditionnelles de l’Amazonie. »

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Bananes au marché à Guajará
Encourager commerce équitable et consommation responsable

Parmi les consommateurs européens et états-uniens de marchandises brésiliennes, grandit le souci de vérifier la provenance des produits : le bois (en provenance d’Amazonie  ?) la viande (bétail ayant pâturé sur des espaces ouverts suite au déboisement  ?). Le commerce équitable et une consommation responsable peuvent renforcer le réseau mondial de solidarité et de défense de l’Amazonie.

En définitive, cela revient à défendre la Terre, cet organisme vivant que les Grecs nommaient Gala et dont nous sommes l’expression consciente mais pas toujours intelligente.


D’après la traduction de Jean Desgouttes dans Adital, agence de presse ayant pour objectif de porter l’agenda social latino américain à la connaissance du reste du monde, de renforcer l’intégration et la solidarité entre les peuples, de faire connaître les mouvements sociaux en tant que sources d’information. www.adital.com.br
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