Un autre avenir que la rue Version imprimable Suggérer par mail
19-02-2015
Le système scolaire du Rondônia fait que les enfants et adolescents fréquentent l’école par demi-journée uniquement. Le reste du temps la majorité d’entre eux le passe désœuvrés, en proie à toutes les tentations. Livrés à eux-mêmes, sans structure familiale, sans repères, sans motivation, ils ont peu d’avenir…
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Pedro (directeur du Despertar) entouré d’un groupe de jeunes prêts pour un match de foot.

Le Despertar hier

De longues années durant, le Despertar fut une ruche bourdonnante où de nombreux élèves, en majorité du quartier (l’un des plus pauvres de Guajará) fréquentaient assidûment une douzaine d’ateliers professionnels : informatique, secrétariat et bureautique, ébénisterie, couture, menuiserie, électricité. L’État avait ensuite fourni des professeurs spécialisés par le biais du Senai (Service public de formation professionnelle pour Industrie) et le Sebrai (Service de formation professionnelle pour le commerce et l’artisanat), ainsi que du matériel perfectionné pour certains cours.
L’an dernier ces deux organismes ont quitté Guajará, une grande partie des besoins spécifiques de formation ayant disparu avec l’achèvement de deux barrages sur le Mamoré. Ils se sont recentrés à Porto Velho, retirant pour cette raison les professeurs ainsi que le matériel fourni.

Le Despertar aujourd’hui

Il ne reste donc plus actuellement que les ateliers dits « occupationnels » pour les adolescents en difficulté psychique ou physique et « d’artisanat » pour les plus jeunes. C’est le Despertar et la ville tout entière qui sont pénalisés, puisque, une fois en dehors de l’école, ils se retrouvent en bandes et tombent dans la délinquance.
Lorsqu’en octobre 2014, je suis allée au Despertar, 160 élèves venaient par demi-journée dans les ateliers maintenus. J’y ai trouvé des enfants joyeux, curieux, posant toutes sortes de questions : Qui a construit la Tour Eiffel ? Comment s’appelle votre ville ? Quel est votre nom ? éclatant de rire en entendant leurs prénoms prononcés à la française !
Des garçons s’appliquaient à broder des motifs au point de croix sur des serviettes, tout en rêvant devenir policiers plus tard. Les filles faisaient du dessin ou de la peinture. L’une d’entre elles, Thaila, exprima le désir de devenir avocate bien que sachant que ce serait irréalisable : elle n’a guère la possibilité de faire des études, la faculté la plus proche se trouve à 500 km ; une autre, Carine, voudrait être dentiste. Et lorsqu’il est possible de les écouter individuellement, quelle tristesse… Aucun de ces enfants ne vit avec ses deux parents. Souvent c’est une tante qui les héberge. Parfois c’est l’orphelinat. Leur journée se répartit de fait entre le Despertar et l’école.

Le Despertar demain

Un rêve… et un projet ?
Avec Régis qui m’accompagnait, nous leur avons demandé quelles activités les intéresseraient. Quand Régis a évoqué la possibilité d’un apprentissage informatique ou mécanique, leurs yeux se sont illuminés et ils se sont animés.
Avec Pedro (directeur du Despertar) nous avons ensuite reparlé de tout cela. Et nous avons rêvé : au-delà de l’atelier informatique qui va rouvrir en ce début d’année scolaire brésilienne (les ordinateurs sont restés propriété du Despertar), ne pourrait-on pas remettre en place un cours professionnel de secrétariat administratif et un cours de mécanique, ces formations valorisées localement débouchant sur des emplois recherchés à Guajará ? Le diocèse qui supporte déjà les charges générales de fonctionnement du centre, n’en n’a pas seul les moyens.
Pour donner un ordre de grandeur de l’enjeu financier, le salaire et les frais liés au cours d’un professeur, avec la quote-part de frais d’administration du Despertar qu’il faut bien sûr intégrer, se monteraient à environ 700 à 900 euros mensuels…
Pourrons-nous les aider afin que Rayan, Thaila, Clarice et d’autres puissent s’en sortir ?
À suivre…
 
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