Un temps de grâces Version imprimable Suggérer par mail
Mady Huntzinger   
20-02-2012
La célébration devait commencer à 9 heures, ce 8 décembre 2011. À 8 heures déjà la cathédrale était quasi pleine. Dans l’assemblée, des gens inconnus de moi, venus de l’état du Maranhão (d’où est originaire Dom Benedito). Une personne portant un tee-shirt de sa paroisse vint s’asseoir à côté de moi : – Vous êtes de France ? Un évêque s’en va, un autre arrive. Je répondis : – oui, et avec le même cœur. Elle ajoutera – et sur le chemin du Christ.
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Venues du diocèse de São Luis Do Marànho pour accompagner Dom Benedito.
Derrière moi plusieurs rangées de religieuses. Parmi elles des visages connus depuis longtemps puis perdus de vue suite à un changement de nomination. Entre autres Sœur Salette qui consacra de longues années de sa vie à arracher des dents avec les moyens du bord, mais tant d’efficacité, aux riverains du fleuve. Et puis les prêtres, les religieuses, les fidèles venus des extrémités du Diocèse, partis dans la nuit pour être là le matin, et repartant de suite après la célébration…
À 9 heures précises un long cortège d’évêques et de prêtres s’avance vers l’autel. L’encens enveloppe de ses volutes parfumées les immenses bouquets de fleurs tropicales. La chorale, du haut de la tribune, accompagne avec brio les temps forts de la messe. Temps de beauté… de Foi… de Joie… Moments riches d’émotion.
Les offrandes d’offertoire avec des fruits amazoniens (mangues, papayes, noix de coco) amenés par des fidèles portant des tee-shirts à l’effigie de Dom Benedito ; les coiffes de plumes offertes par des Indiens en costume traditionnel ; l’instant où le père Gérard donne sa crosse à Dom Benedito et où ils s’étreignent si fort.

La vie au quotidien

Ce fut une grâce que de pouvoir partager ensuite au quotidien les jours qui suivirent, la vie de la maison, avec le nouvel évêque officiellement en fonction et celui devenu émérite, chacun faisant assaut d’attentions pour que l’autre soit mis en avant ; cela allant de la place au réfectoire, à celle au volant de la voiture, en passant par les interventions à la radio : la première de Dom Benedito s’adressant au père Gérard : « La radio Educadora est la vôtre ». Et la réponse du père Gérard : « C’est votre radio maintenant ! ».
Sans oublier les célébrations quand ils s’y trouvèrent ensemble…

Les nouveaux bureaux épiscopaux

Ce fut une grâce encore que de pouvoir aider le Père Gérard à transférer son bureau dans une petite salle juste en face, de l’autre côté du patio… 33 ans de vie ne se déménagent pas comme ça… quitter un lieu qui fut d’accueil, de confidences, de larmes et de souffrances exprimées, d’âpres discussions, de joies, non plus… On s’y mit à plusieurs, chacun donnant un coup de main à sa façon, et selon ses « compétences » (Régis pour l’informatique et la partie électrique, Gigli pour les dossiers, Mady pour la déco), et il n’y eut pas trop de mains pour replacer les nombreux livres du Père Gérard dans sa nouvelle bibliothèque. Même Dom Benedito nous aida en veillant à ce que Dom Geraldo prenne le fauteuil à grand dossier pour son dos… Et puis, ce fut « l’installation » de celui-ci dans le bureau épiscopal devenu sien, qu’il nous invita à visiter une fois l’aménagement terminé.

Les moments partagés

Il y eut aussi les événements partagés comme la remise des diplômes au Despertar et la si émouvante petite fête d’adieu à l’adresse du Père Gérard avec un chant composé pour lui et ce refrain :

Vous êtes notre père
Ne nous oubliez pas
Vous avez une maison ici
Si un jour la distance nous sépare,
Vous resterez dans notre cœur

…sous le regard attentif et plein d’affection de Dom Benedito à qui le père Gérard adressa un vivant hommage.
Ces moments tout simples comme celui où Dom Benedito m’apprend (hélas je fus une très mauvaise élève) à « boire » une mangue juste en la pressant pour extraire le jus par le haut du fruit.
Le jour de Noël, le long entretien avec lui au cours duquel il me dira être impressionné par le bel héritage du Diocèse (les œuvres), grâce à Lettre d’Amazonie et son désir de mieux la connaître ; celui où je lui reparle des amis de la Mission, de leur générosité, du courrier reçu. Déjà peu après mon arrivée à Guajará, je lui avais dit combien plein de gens en France l’accompagneraient par la prière le 8 décembre. Pendant son homélie, ce jour-là, il dira savoir qu’en France des amis de lettre d’Amazonie priaient pour lui… Les cadeaux reçus par les deux, à Noël, avec un petit mot pour chacun. Les repas de fête partagés dans l’amitié et l’humour.
La visite à la prison des hommes où j’accompagnais Dom Benedito qui s’y rendait pour la première fois en tant qu’évêque… Accueilli avec chaleur, mais dans le souvenir du Père Gérard au sujet  duquel  Dom Benedito dira, me prenant à témoin : « sa France de retraite, c’est le Brésil ».
Oui, ce fut un vrai temps de grâces que d’avoir pu être témoin de tant de connivence, de tendresse vraie, souvent exprimée en demi-teinte, emplie de délicatesse, de confiance réciproque, filiale, et paternelle.
Un dimanche, autour de la rituelle et alsacienne tisane du soir (accompagnée d’un chocolat), j’annonçais aux deux évêques mon projet de petit article avec le titre que je pensais lui donner : « Voyez comme ils s’aiment ». Ils protestèrent en chœur qu’il me fallait trouver autre chose… Plus tard je suggérai « Magnificat » qui n’eut guère plus de succès. Peu avant de repartir en France, je proposai : « Un temps de grâces » et j’eus le feu vert…
 
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