Un véritable chaos Version imprimable Suggérer par mail
09-11-2018
La lettre n° 223 vous faisait part de l’histoire de Flaviana et Franklin arrêtés pour avoir vendu de la drogue, et qui, une fois libérés ont voulu s’en sortir, et s’en sortent. Mais combien sont-ils sans avenir, et vivant l’incarcération dans des conditions effroyables ? Voici un aperçu général sur les prisons au Brésil, qui sera suivi dans le n° 226 d’une mise au point sur celles de Guajará.
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Au Brésil, la grande majorité des prisonniers le sont pour trafic de drogue et vols également liés à la drogue. Pour une population de 206 millions d’habitants, le Brésil compte 720 000 détenus recensés par le ministère de la justice, soit plus de 3 prisonniers pour 1 000 habitants contre environ 1 pour 1000 en Europe. Cette population carcérale est la quatrième au monde, derrière les États-Unis, la Chine et la Russie. Elle a triplé depuis 2000 sans que la capacité des prisons n’ait quasiment augmenté. Au niveau national, le taux d’occupation est de 200 % et un rapport du ministère estime qu’il faudrait augmenter de 50 % la capacité d’accueil pour résorber ce problème (ce qui équivaudrait à ouvrir une nouvelle prison pour 1 000 personnes par jour pendant un an !). Il en résulte des conditions de vie inhumaines : surpopulation, température intérieure de 40 °C, taux élevé de maladies infectieuses (1 % de HIV et 1 % de tuberculose). Pour survivre les détenus se joignent à des groupes de pouvoir interne dits de faction liés à la drogue qui contrôlent les mouvements sociaux au sein des prisons, le trafic de drogue dans et au-dehors des prisons, et ont le pouvoir de fait. Les mutineries y sont fréquentes, les factions criminelles se disputant le contrôle du trafic de drogue en une guerre silencieuse et se battant entre elles pour gagner plus d’argent. C’est une lutte de territoire sans merci et l’état se doit d’intervenir.

Une poudrière prête à exploser

Depuis le massacre de Carandiru, (São ­Paulo) qui fit 111 morts en 1992, les règlements de compte entre narcotrafiquants incarcérés ont pris une ampleur sans précédent. En 2002, la mutinerie de Porto Velho avait déjà eu une répercussion internationale de par la violence extrême ayant conduit au décès de 27 prisonniers. Le phénomène paraît désormais s’aggraver et s’amplifier. En octobre 2016, une rébellion provoqua la mort de 11 personnes dans l’État de Roraima (Amazonie) frontalier avec le Venezuela. Début 2018, trois mutineries éclatèrent en un mois et 115 (56+33+26) prisonniers décédèrent dans des conditions barbares ; la plus terrible eut lieu à la prison de Manaus. La situation est devenue une poudrière prête à exploser.

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De quoi sera fait demain pour lui ?
Une guerre silencieuse

Une guerre silencieuse oppose le puissant PCC (Premier commando de la capitale), de São Paulo, au Comando Vermelho (CV), basé à Rio de Janeiro, à ses alliés régionaux, dont le « Syndicat du crime RN ». Le PCC a rompu un pacte tacite de partage du marché brésilien en tentant d’étendre son pouvoir à l’ensemble du pays afin de contrôler tout l’approvisionnement en cocaïne en provenance de Bolivie, du Pérou, de Colombie, jusqu’aux frontières nord du Brésil. Ces dernières sont très difficiles à contrôler en raison de leurs vastes étendues en pleine forêt amazonienne. « Nous vivons un moment dramatique. Le PCC défie non seulement l’état mais toutes les organisations criminelles régionales pour prendre le contrôle du trafic de drogue », a ajouté le gouverneur. Selon le juge de Rio Branco-Acre, ville au centre de la guerre entre factions, les méthodes utilisées pour punir et intimider les factions rivales sont similaires à celles de l’État Islamique.

Les carences du système carcéral

Des associations comme Rede de Justiça Criminal (réseau de justice pénale) se sont emparées du sujet. L’étude de celle-ci, datée de février 2016, met en lumière les carences du système carcéral brésilien. 41 % des 720 000 détenus brésiliens seraient encore en attente de leur jugement définitif. Le coût d’un prisonnier s’élève à plus de deux fois le salaire minimum du Brésil et jusqu’a 6 fois dans une prison privée comme celle de Manaus. « Le problème commence par la surpopulation carcérale », a expliqué Marco Fuchs, avocat de l’association de défense des droits de l’homme spécialisée dans la défense des détenus. « Quand on met dans la même unité pénitentiaire des détenus de factions rivales, l’état ne contrôle absolument pas ce qui se passe. Le crime organisé est aux commandes. »

Le sentiment d’insécurité augmente

Enfin, la même étude indique qu’un prisonnier a dix fois plus de risques de mourir en prison qu’une personne en liberté, alors que le Brésil est déjà l’un des pays les plus dangereux du monde.
 
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