Nos amis du bout du monde Version imprimable Suggérer par mail
25-02-2017
Étudiante en médecine, j’ai choisi de faire ma troisième année au Brésil. Depuis longtemps et souvent, Maman – Maria Festa – nous parle de son temps de coopération à Sagarana, et c’est sans doute son histoire qui m’a donné envie de connaître le Brésil.

Pauline et les enfants de Sagarana.
Pauline et les enfants de Sagarana.
Curitiba

La faculté de Curitiba étant la seule université brésilienne jumelée avec ma faculté française, c’est dans cette ville que je me suis retrouvée pour un an. J’ai été étonnée de découvrir un climat froid et pluvieux, une ville européanisée, avec des habitants au teint clair, et une ambiance pas aussi détendue que ce que j’imaginais trouver au Brésil… Mais tout s’est passé à merveille. J’ai pu participer à un stage de portugais de trois semaines organisé par la fac avant le début des cours (je ne parlais pas un mot avant d’arriver…). Le premier semestre a donc été très joyeux, agréable, studieux. J’ai pu profiter ensuite pleinement des trois mois de grandes vacances qui ont suivi.

Guajará-Mirim

Plutôt que de faire du tourisme pendant tout ce temps, j’ai préféré passer un moment dans une communauté pour découvrir un autre aspect du Brésil et aussi me ressourcer un peu. Ce qui me tentait le plus, c’était de connaître la Mission d’Amazonie. Je suis arrivée à Guajará-Mirim le premier janvier, chaleureusement accueillie par Gérard et Gilles. Je mettais enfin des visages sur ces noms si chers à mes parents ! Dès les premiers jours, je découvrais le Cimi, le Centre Despertar, les différentes paroisses, la cathédrale, Piao et Eva, le port, certaines familles chez lesquelles j’irai régulièrement jusqu’à la fin de mon séjour…

Préparation de la chicha	: épluchage des tubercules de manioc.
Préparation de la chicha : épluchage des tubercules de manioc.
Sagarana

Alors que je ne pensais pas pouvoir aller à Sagarana, j’ai pu m’y rendre trois semaines après mon arrivée avec Vera et Antônio du Cimi. Celso, le jeune Wari étudiant en dentaire avec lequel je me suis liée d’amitié, est aussi du voyage. Partis aux aurores, nous en avons pour 30 heures de bateau.
Une fois à Sagarana, je suis surprise par les lignes électriques, les lampadaires, l’herbe verte, les machines à laver, les réfrigérateurs et la cabine téléphonique. Bien que les maisons soient simples, je ne m’attendais pas à un village aussi vert et « moderne ». Dès notre arrivée, nous allons faire connaissance avec les familles qui nous accueillent avec joie. Nous partageons la chicha (boisson fermentée à base de manioc ou de maïs), on nous offre des poissons, des fruits, des noix, de la viande (macaque, sanglier, tortue, capivara) et de la farine de manioc. Pour moi, c’est agréable de rencontrer les parents des Indiens avec lesquels j’ai fait connaissance à la ville. Chacun essaye de m’apprendre quelques mots de wari. Ça fait beaucoup rire tout le monde ! Je trouve les Indiens assez réservés, pas très bavards. Petit à petit je connais mieux certains d’entre eux et on passe de bons moments. Les enfants, qui sont eux aussi en vacances, sont de moins en moins timides avec moi, et passent de plus en plus de temps à jouer en ma compagnie. Les familles nous invitent à partager leur repas, je demande à Leticia (la maman d’Eva) de m’apprendre à cuisiner certains plats. Lorsque tous les hommes se rassemblent pour débroussailler le village, les femmes préparent une énorme chicha et une immense farofa de tortue, présentée dans sa carapace, pour faire la fête le soir.

Ricardo Franco

Après 5 jours passés à Sagarana, nous partons à Ricardo Franco, autre village indien un peu plus éloigné. Les vagues sont tellement fortes que nous devons arrêter le bateau quelques heures pour ne pas chavirer. Une fois arrivés, nous nous rendons dans les familles pour prendre de leurs nouvelles. Sur le chemin, je me régale avec les mangues et goyaves que je trouve. De nouveau, l’accueil des Indiens est au rendez-vous, et nous sommes invités ici aussi à partager une farofa de tortue. Ce petit séjour de deux jours à Ricardo Franco m’aura permis de découvrir un village bien différent de celui de Sagarana, notamment au niveau des maisons construites d’une autre manière.

Préparation de la chicha dans un tronc d’arbre évidé.
Préparation de la chicha dans un tronc d’arbre évidé.
De nouveau Sagarana

De retour à Sagarana, les enfants heureux de nous revoir nous aident à décharger le bateau. Et nous pouvons nous retrouver autour d’un bon dîner composé de bananes frites, de poisson grillé, de farine, de riz, de maïs, de jus de fruits… Je me sens de mieux en mieux à Sagarana, m’attache aux habitants, et appréhende déjà le jour du départ. Le dernier jour j’accompagne Ariram aux champs pour récolter du maïs avec lequel elle fera de la chicha. Les moustiques se réjouissent de ma venue, il y en a des centaines ! Nous transportons notre récolte dans des paniers en appui sur notre front et notre dos. La dernière soirée est pleine de joie et d’émotion, je parle longtemps avec Cristina (la maman de Celso), sa famille, et quelques jeunes. Le lendemain matin, nous partons très tôt pour rentrer à Guajará. Je suis à la fois heureuse de rentrer, pour pouvoir raconter cette aventure à ma famille et quitter les moustiques, mais aussi triste car je ne sais pas quand je reviendrai dans cet endroit que j’ai tant aimé… Sur la fin du voyage, la pluie, le vent et l’orage arrivent. Il y a des vagues, les hamacs se balancent, le bateau tangue, je ne suis pas rassurée… On arrive finalement à 22 h 30.

Espérer revenir

J’ai beaucoup aimé ce voyage. Cela m’a fait du bien de découvrir cette manière simple de vivre, et ça m’a permis de me rendre compte que ma carrière de médecin sera peut-être différente de celle que j’imaginais. Les Indiens m’ont demandé de revenir quand j’aurai fini mes études pour travailler ici. Mais je leur réponds que j’en ai encore pour longtemps, et que je ne sais pas quelle sera ma situation dans 6-8 ans. Si au début ça n’était pas forcément évident car on parlait peu, je me suis rapprochée de quelques personnes petit à petit, et ça ne m’aurait pas déplu de rester plus longtemps. J’espère pouvoir y retourner un jour, seule ou avec Maman, pour revoir nos « amis du bout du monde ».
 
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