Pierre-Léon, doux rêveur et homme d’action Version imprimable Suggérer par mail
Gilles de Catheu   
23-10-2016
Grand ami de Gilles de Catheu, Pierre Léon Vitoux fut aussi celui des Indiens et de Lettre d'Amazonie. Amitié partagée avec sa femme et leur fils Noé qui vint plusieurs fois dans le village de Sagarana, y tourner un court-métrage Pierre Léon vient de décéder brutalement. Voilà ce que dit Gilles de Catheu de son ami.
Pierre Léon Vitoux
Pierre Léon Vitoux
Ce matin, comme tous les dimanches matin, Eva a présenté le programme radio « La voix des Peuples Indiens », suivi du petit-déjeuner sous le chapeau de paille du Cimi. Elle et Piau partageaient ma tristesse. Ils avaient connu Pierre-Léon en 1995 quand il était allé à Sagarana avec Noé, mon filleuil âgé de 11 ans.
Je leur ai parlé de PL, de sa longue maladie à l´âge de 25 ans et, quelques années plus tard, de la joie partagée à l´annonce de la guérison définitive. Mais la radiothérapie qui avait assuré sa guérison abîma ses coronaires et fut responsable de l´infarctus fatal.
J´ai d´abord connu Nicole. Nous avions rejoint 5 étudiants qui avaient le même projet de vie communautaire. Quand elle connut PL, elle nous quitta. Nous avons vite apprécié notre « beau-frère » avec sa simplicité, son style artiste et rêveur, son calme et sa douceur. Renan qui était athée n´avait-il pas écrit de Jésus « Le doux rêveur de Galilée » ? Tout comme pour Jésus, il ne faut pas se méprendre, car si PL était un doux rêveur (qui deviendra « le doux rêveur de Gap »), il était avant tout un homme d´action.
La lenteur de ses gestes et de sa parole allait de pair avec une intelligence sensible et une grande détermination. Un large sourire ponctuait ses phrases qu´il terminait souvent par une question. Il nous écoutait le menton porté en avant, soutenu de la main comme un fumeur tient sa pipe. Il nous partageait ses auteurs préférés (Dietrich Bonhoffer…). Il aimait la montagne et la marche. Objecteur de conscience, il vécut 2 ans dans une communauté à vocation artistique tournée vers le théâtre social.
Ingénieur en électricité, il a préféré s´investir à l´APF (durant 20 ans) plutôt qu´à EDF. Il ne se ménageait pas. Son travail était une vocation, une passion. Aussi, ce fut difficile de débrancher. C´est pourtant ce qu´il dût faire après son premier infarctus. Mais sa vie ne pouvait se résumer à marche-vélo-fauteuil. Ses activités extra-APF ont pris le relais et se sont multipliées… Dans l´accueil et la défense des étrangers et aussi dans la promotion du cinéma et de la culture. Tout ça sans perdre de vue ses enfants dispersés.
À mon retour de coopération (1984), PL me posa une question pas banale : « Gilles, crois-tu possible l´amitié avec un indien ? ». Cette question sous-tendait son crédo : « l´amitié entre les peuples, l´amitié entre des hommes de culture différente. » Noé venait de naître. C´est avec joie qu´il verra son fils lier amitié avec des Wari de Sagarana et y faire un court-métrage qui remportera des prix. Depuis 33 ans, lui et Nicole m´accompagnent de près et me soutiennent.
J´ai revu PL pour la dernière fois début septembre à Paris avec Nicole, juste avant la cérémonie de remise du diplôme de Sciences Po à Anciane. Ils étaient rayonnants. Même si une ombre planait : la conscience que la vie de PL ne tenait qu´à un fil.
Après m´avoir écouté, Eva me dit posément : « Ton compadre est un missionnaire ! ». J´y avais justement pensé deux heures plus tôt au cours de la messe de ce 23 octobre, la « Journée Mondiale des Missions ».
 
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