Témoignages
Voir Guajará ! Version imprimable Suggérer par mail
05-08-2017
Amis de la congrégation des sœurs de Notre Dame du Calvaire, nous avons été invités à nous rendre compte de leur mission dans différentes régions du Brésil et Guajará-Mirim a fait partie de nos destinations. En effet, dès 1935, cette congrégation fut une des premières à s’y implanter. Aujourd’hui, plusieurs communautés religieuses assistent les évêques, les prêtres et œuvrent dans différents domaines de la Mission.
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Trois jours sur place, nous permettent de rencontrer presque tous les protagonistes de la Mission. Monseigneur Verdier nous attend à l’évêché, il nous reçoit dans son bureau et évoque avec nous la Mission, et tout ce qui lui tient à cœur : la protection des Indiens, la défense de leurs droits, mais aussi les moments difficiles, les combats qu’il a menés : tout au long de son récit nous sommes frappés par son humilité, sa totale confiance dans le Seigneur. Il manifeste également sa joie de pouvoir rester aux côtés de Monseigneur Benedito Araujo, de constater le dynamisme des prêtres et des jeunes séminaristes sur lesquels il veille avec une bienveillance paternelle. Nous ne verrons pas Dom Benedito en visite pastorale dans le sud de son diocèse. Nous sommes agréablement surpris par le nombre de laïcs très présents, qui œuvrent à leur côté. Nous l’avons vérifié à l’occasion d’une soirée festive pour l’anniversaire du Père Renato. Toutes les équipes paroissiales sont présentes. Chacune intervient pour exprimer avec enthousiasme son engagement pastoral. Nous rencontrons aussi une autre personnalité incontournable de la Mission, le docteur Gilles de Catheu, passionné également pour la cause indienne et cela depuis plus de 30 ans ! Il passe une bonne partie de ses matinées au Cimi, un lieu d’accueil dans lequel les familles indiennes de passage à Guajará trouvent un certain nombre de services : accueil, petits soins, conseils. Nous sommes émerveillés par sa disponibilité constante et sa grandeur d’âme.

Les entités du diocèse

En visitant le centre Despertar, à notre arrivée dans la cour, des enfants joyeux jouent dans tous les sens : cache-cache, corde à sauter, trampoline : un émerveillement de les voir si heureux ! Mais dès que la cloche sonne, tous se mettent en rang sans difficulté pour rejoindre avec les éducateurs leurs salles de classe et s’atteler à diverses activités : rattrapage scolaire pour certains, travaux manuels, artisanat pour d’autres. Avec étonnement nous les voyons, affairés et appliqués dans leurs différentes occupations. Tous ont le sourire et s’entraident. Ils sont fiers de nous montrer leurs travaux et réalisations : confection de napperons au crochet. Les garçons aussi s’y mettent : porte-clés, découpage de feuilles de couleurs et collage pour réaliser de très belles cartes. Fiers aussi de l’intérêt que Lettre d’Amazonie leur porte.
Bernard et Henriette Grynko avec le père Gérard.
Bernard et Henriette Grynko avec le père Gérard.
À l’atelier motos des jeunes gens et une seule fille sont en plein cours de mécanique. Eux aussi sont concentrés et s’investissent pour avoir une bonne qualification et un avenir meilleur. Beaucoup sont conscients que leur futur se joue là. Ils nous demandent de remercier vivement tous les donateurs de Lettre d’Amazonie pour l’aide apportée.
Un petit tour à la Maison des Anciens. Des personnes âgées vulnérables et sans famille sont hébergées là. Un petit havre de paix où règne malgré la chaleur un climat de quiétude. C’est l’heure de la sieste. Certains dorment dans leur hamac, d’autres sur leur lit un peu perdus ou angoissés. Mais le personnel, très à l’écoute veille, s’appliquant à rassurer, à consoler.
À la Radio Educadora, dans un studio nous assistons à un débat très animé et en direct avec des auditeurs. Malgré la barrière de la langue nous devinons qu’il s’agit là de politique.
Nous avons l’opportunité de monter jusqu’aux clochers de la cathédrale par un étroit escalier sans compter le nombre de marches et en évitant délicatement toiles d’araignées et nids d’abeilles ! Mais une fois en haut, quelle récompense, nous avons une vue splendide à 360° de Guajará. La ville s’offre à nous avec le fleuve Mamoré qui serpente et la Bolivie au-delà.
Jamais nous n’avions imaginé nous rendre un jour en Amazonie et encore moins à Guajará. Nous soutenions Lettre d’Amazonie depuis quelques années. De loin, nous suivions et vivions la Mission au travers des différents articles et reportages. Nous rendre sur place nous a permis non seulement de voir les différentes réalités dont souffre cette région : la déforestation, les difficultés dans l’accès aux soins, à l’éducation, la pauvreté, les difficultés rencontrées par les communautés indiennes, mais aussi les réalisations et le soutien permanent de Lettre d’Amazonie auprès des équipes sur place, permettant de redonner aux plus défavorisés leur dignité.
 
Ceux du Rio Ouro Preto Version imprimable Suggérer par mail
05-08-2017
Ce récit ouvre une série d’articles à paraître sur le problème de la santé dans le Rondônia et plus particulièrement dans la région de Guajará-Mirim. Jean Xavier Boué, un des premiers coopérants français arrivé à la Mission en tant que médecin à l’hôpital Bon Pasteur, travaille aujourd’hui à son compte et raconte ici sa visite, l’an dernier, à des communautés riveraines isolées.
Plages de sable sur le Rio.
Plages de sable sur le Rio.
Depuis longtemps mon épouse et moi-même avions le désir d’organiser une expédition sur le rio Ouro Preto, affluent du Rio Pacaas Novas. En effet il existe là des communautés dénuées de tout recours, accessibles seulement par voie fluviale. Mais impossible de s’y rendre sans remplir certaines conditions. D’abord, on ne peut pénétrer sur ces terres sans autorisation, car elles font partie d’une Réserve Fédérale. Ensuite il faut être introduit par quelqu’un connaissant les riverains, puis trouver à emporter les médicaments de base : antalgiques, anti-inflammatoires, antibiotiques. Les solutions se présentèrent en la personne de Joacaias (un de mes patients, investi dans le travail social et connaissant bien les communautés du rio), et un visiteur médical, Lucas, du laboratoire Eurofarma, qui avec ses collègues, réussit à collecter un maximum d’échantillons gratuits. Commença alors une belle collaboration pour mener à bien notre projet. Joacaias s’occupa de prévenir les gens par la radio qu’un médecin allait remonter la rivière pour faire des consultations, et il fit les démarches afin d’obtenir les autorisations nécessaires pour entrer dans la réserve.

Des riverains isolés.
Des riverains isolés.
Un voyage inoubliable

Nous sommes partis le matin de bonne heure par la piste qui mène au rio après avoir averti Lorenzo qui vit dans la réserve, afin qu’il nous cherche à l’entrée de la baie de Pompeu. Il arriva avec un peu de retard dans sa petite barque à moteur. Nous essuyons un friagem (coup de froid formé par des masses d’air venues des Andes qui font descendre la température rapidement). Mais nous nous laissons envoûter par la beauté des paysages. La forêt majestueuse descend des collines jusqu’à se baigner dans la rivière sinueuse. Parfois, il faut descendre de la barque pour la pousser tellement le niveau des eaux est bas. De temps à autre une petite île au milieu du rio, une plage de sable avec des empreintes de tortues, quelques crocodiles, nous rappellent que nous sommes en Amazonie. Des oiseaux de toutes les couleurs laissent leur sillage dans le ciel bien chargé. Émerveillement garanti à chaque instant. C’est simplement somptueux. La forêt est complètement préservée. Ici pas de brûlis ni de destruction massive comme on peut en voir le long de la route Porto Velho-Guajará.

Visites et consultations

Vendredi

Après quelques heures de navigation nous arrivons en vue de la première habitation. L’accueil y est chaleureux. Nous commençons les consultations ; il y a là deux personnes âgées dont l’une est diabétique et l’autre souffre d’hypertension artérielle. Autour d’un café, elles racontent les anecdotes de la vie qui meublent leur quotidien. Il faut bien sûr écouter leurs histoires, elles qui voient passer si peu de monde.
Puis nous repartons pour continuer à remonter la rivière. Nous arrivons chez Joao en train de faire cuire la farine de manioc dans un grand four artisanal chauffé par des bûches de bois. Il vit de la culture du manioc et de fruits. Joao n’a pas besoin de soins. Après avoir discuté quelques instants avec lui nous repartons.
Quelques kilomètres plus loin nous arrivons dans une communauté où il y a des enfants malades. La petite Sofia souffre d’une infection intestinale provoquée par une nourriture non adaptée. Nous prenons du temps pour expliquer à la maman comment nourrir correctement un bébé avec l’alimentation disponible.
Puis il faut traiter la diarrhée pour éviter une déshydratation souvent motif d’hospitalisation chez les bébés.

Le docteur Jean Xavier Boué en consultation.
Le docteur Jean Xavier Boué en consultation.
Samedi

En fin d’après-midi nous arrivons à notre port d’attache Sapeza, où les consultations sont prévues le lendemain. Nous déchargeons notre matériel et commençons à remonter vers l’école, accueillis par l’institutrice qui nous reçoit avec effusion. Une fois que nous avons dressé notre tente pour y passer la nuit, elle et son mari nous invitent à partager le dîner, une délicieuse soupe de poissons pêchés par les hommes peu avant. Il faut se réchauffer : le friagem augmente d’intensité avec la nuit.

Dimanche

Après un petit-déjeuner toujours copieux au Brésil, nous commençons les consultations sur place. Parmi les patients, des gens qui ont fait deux jours de bateau pour venir. En effet le niveau bas des eaux rend la descente de la rivière difficile. Beaucoup d’enfants ont contracté le paludisme avec les douleurs et la fatigue qui s’ensuivent. Dans une communauté un peu plus haut sur la rivière, tous les habitants ont été touchés par la malaria. Laura est enceinte de 6 mois. Avec les difficultés d’accès à la ville, elle n’a fait aucune échographie ni aucun examen prénatal. Jorge est âgé et comme beaucoup de personnes qui ont longtemps travaillé dans les champs sous le soleil et la chaleur, il souffre de fortes douleurs articulaires. Nous voyons aussi Fabio, 10 ans et son frère aîné 12 ans, qui doivent aller pêcher le soir pour rapporter du poisson à la famille. Pour cela il leur faut traverser des étendues de forêt avec tous les pièges que cela comporte la nuit, puis pêcher dans de petites barques en bois avec le risque d’attaque de crocodiles et d’anacondas, sans oublier les pires dangers de la forêt : les moustiques et autres insectes.
L’institutrice nous dira que la municipalité n’envoie pas la merenda escolar : une collation donnée aux enfants scolarisés, et qui est souvent le seul repas complet qu’ils prennent dans la journée. Alors, elle doit faire avec les moyens du bord afin qu’ils aient de quoi se nourrir avant de rentrer chez eux. Nous repartons en fin d’après-midi toujours sous le vent du friagem, mais heureux d’avoir mis un grain de sable sur une immense plage de besoins. Nous nous promettons de revenir bientôt les revoir tous, surtout les enfants. Comment pourrions-nous oublier l’hospitalité de ceux qui n'ont rien et offrent tout avec de si grands sourires, véritables cadeaux ? Merci à eux. Un grand merci aussi à Joacaias, Lorenzo, au laboratoire Eurofarma.
 
En dehors du temps, le village du Lage Version imprimable Suggérer par mail
05-08-2017
De même que Sagarana, Ricardo Franco, Baia da Onças, le Lage fait partie des réserves indiennes où dom Benedito se rend régulièrement afin de rencontrer les différentes communautés, et faire le point avec leurs leaders. Aujourd’hui nous parlerons du Lage. Des articles suivront plus tard sur d’autres villages.
Une famille du Lage.
Une famille du Lage.
Cette réserve doit son nom au Rio Lage qui se jette dans le Mamoré. On y accède par la route, puis un chemin de terre tracé à travers des pâturages qui vont jusqu’à la forêt. Une autorisation spéciale est nécessaire pour y pénétrer, à moins d’être accompagné par un membre du Cimi (conseil indigéniste indien). Le village peuplé de 370 indiens, (70 familles) possède deux écoles et un poste de santé, vit de pêche, de chasse, et des cultures de manioc, bananes plantain (à frire), pastèques. À notre arrivée la moitié des habitants était partie à la récolte de la châtaigne (la châtaigne du Para, aussi appelée en France noix du Brésil) qui dure de décembre à février. La vente de ces fruits leur permet d’acheter riz, haricots rouges, huile, sucre et produits de base. Les femmes accompagnent les hommes à la cueillette, et comme eux, reviennent avec des paniers lourdement chargés. Il n’existe quasi plus d’artisanat chez ce peuple. Le responsable du village venu à notre rencontre, nous accueille sous « le chapeau de paille », puis nous conduit vers l’infirmerie où une jeune femme est en train de trier des médicaments.

Le poste de santé

Un sol bien balayé, où aucune mauvaise herbe n’a été laissée, donne accès à une grande pièce au sol cimenté, bien ventilée par des fenêtres clouées de moustiquaires. Cynthia, 33 ans, vient tous les 15 jours au village et la nuit campe dans une tente à l’intérieur du poste de santé à côté de la salle de consultation, et ce depuis qu’elle a trouvé un énorme serpent dans la douche. Elle joint le geste à la parole « tss, tss »… La jeune femme suit les habitants grâce à une fiche sur laquelle sont notés les différentes vaccinations faites et les soins prodigués lors des maladies. Les plus répandues étant la malaria, la grippe et la tuberculose. La diarrhée sévit aussi. De grands posters tapissent les murs représentant différents types d’araignées, de reptiles dont le serpent crapaud avec ses poches de venin. Des légendes détaillées illustrent chacune des photos et donnent les indications à suivre en cas de piqûres et morsures. On trouve non loin de là un puits profond de 65 m dont l’eau est régulièrement analysée.

Rencontre émouvante

Par Gilles de Catheu, je savais qu’un indien que j’avais connu à Sagarana du temps de Jean François et Eida Bénavent (le premier couple « blanc » venu vivre avec les indiens du village), était installé ici depuis de nombreuses années.
J’avais donc demandé à le rencontrer. Nous sommes allés au bord du Rio Lage qui coupe le village en deux, et là, celui qui nous guidait mit ses mains en porte-voix et se mit à appeler « Be-neeee, Be-neeee ». Tout à coup une pirogue se détacha de la rive d’en face, avec à son bord un petit homme ramant à l’aide d’une pagaie en bois…
Vision hors du temps où les minutes s’égrènent lentement… dans le silence juste troublé par le clapotis de l’eau.
Au fur à mesure que Bene se rapprochait de nous, nous découvrions un homme torse nu, tout en muscles et rides, le visage buriné par les ans et le soleil. Je me présentai, lui disant que j’étais venue plusieurs années de suite à Sagarana, déjà du temps de Jean François et Eida.
– ah oui… Comment vont-ils ?
– et les filles ?
Et là, lui, encore sur l’eau, nous sur la rive, nous bavardâmes comme de vieux amis qui échangent des nouvelles après une longue absence. Le temps s’était comme arrêté, pendant que non loin de là, des enfants jouaient paisiblement dans l’eau avec un filet de pêche…

Bene.
Bene.
Bene et Pium

Bene est né dans la forêt, il y a 64 ans, à l’époque où les indiens fuyaient l’attaque des Blancs. Sa famille s’installa ensuite à Sagarana.
À 12 ans il fut promis à une petite fille Pium qui venait de naître, et à qui selon la tradition, il coupa le cordon ombilical et donna le premier bain en présence des parents.
À 14 ans il quitta sa famille pour habiter, toujours selon la tradition, la maison des célibataires masculins. À eux, la chasse, la pêche, les travaux des champs. Le gibier et le poisson étaient amenés aux futures belles-familles qui en contrepartie fournissaient le repas cuisiné.

Séparés

La famille de la jeune fille quitta bientôt le village et alla s’installer au Lage avec Pium dont elle eut sept enfants. Son mari décéda d’une hépatite.
Bene lui, se mit avec une jeune fille de Sagarana et ils eurent cinq enfants. Sa femme mourut des séquelles de la tuberculose. La plus jeune de leurs enfants avait alors deux ans.
Il se trouva que Pium et Bene, à des lieux de distance, furent veufs quasi en même temps.

Réunis

Et, c’est à Guajará, par le plus grand des hasards, qu’ils se retrouvèrent. Ils décidèrent alors de vivre ensemble au Lage.
Pourquoi avoir préféré le Lage à Sagarana ? Ils sont plus proches de la ville et de l’hôpital : de Sagarana à Guajará il faut compter au moins un jour de voyage sur le fleuve si tout va bien ; du Lage on rejoint Guajará par la route en deux heures à peine. La configuration du village, isolé malgré tout de la « civilisation », sans en être coupé, leur permet de concilier modernisme et traditions dans une harmonie qui laisse rêveur…
 
Nos amis du bout du monde Version imprimable Suggérer par mail
25-02-2017
Étudiante en médecine, j’ai choisi de faire ma troisième année au Brésil. Depuis longtemps et souvent, Maman – Maria Festa – nous parle de son temps de coopération à Sagarana, et c’est sans doute son histoire qui m’a donné envie de connaître le Brésil.

Pauline et les enfants de Sagarana.
Pauline et les enfants de Sagarana.
Curitiba

La faculté de Curitiba étant la seule université brésilienne jumelée avec ma faculté française, c’est dans cette ville que je me suis retrouvée pour un an. J’ai été étonnée de découvrir un climat froid et pluvieux, une ville européanisée, avec des habitants au teint clair, et une ambiance pas aussi détendue que ce que j’imaginais trouver au Brésil… Mais tout s’est passé à merveille. J’ai pu participer à un stage de portugais de trois semaines organisé par la fac avant le début des cours (je ne parlais pas un mot avant d’arriver…). Le premier semestre a donc été très joyeux, agréable, studieux. J’ai pu profiter ensuite pleinement des trois mois de grandes vacances qui ont suivi.

Guajará-Mirim

Plutôt que de faire du tourisme pendant tout ce temps, j’ai préféré passer un moment dans une communauté pour découvrir un autre aspect du Brésil et aussi me ressourcer un peu. Ce qui me tentait le plus, c’était de connaître la Mission d’Amazonie. Je suis arrivée à Guajará-Mirim le premier janvier, chaleureusement accueillie par Gérard et Gilles. Je mettais enfin des visages sur ces noms si chers à mes parents ! Dès les premiers jours, je découvrais le Cimi, le Centre Despertar, les différentes paroisses, la cathédrale, Piao et Eva, le port, certaines familles chez lesquelles j’irai régulièrement jusqu’à la fin de mon séjour…

Préparation de la chicha	: épluchage des tubercules de manioc.
Préparation de la chicha : épluchage des tubercules de manioc.
Sagarana

Alors que je ne pensais pas pouvoir aller à Sagarana, j’ai pu m’y rendre trois semaines après mon arrivée avec Vera et Antônio du Cimi. Celso, le jeune Wari étudiant en dentaire avec lequel je me suis liée d’amitié, est aussi du voyage. Partis aux aurores, nous en avons pour 30 heures de bateau.
Une fois à Sagarana, je suis surprise par les lignes électriques, les lampadaires, l’herbe verte, les machines à laver, les réfrigérateurs et la cabine téléphonique. Bien que les maisons soient simples, je ne m’attendais pas à un village aussi vert et « moderne ». Dès notre arrivée, nous allons faire connaissance avec les familles qui nous accueillent avec joie. Nous partageons la chicha (boisson fermentée à base de manioc ou de maïs), on nous offre des poissons, des fruits, des noix, de la viande (macaque, sanglier, tortue, capivara) et de la farine de manioc. Pour moi, c’est agréable de rencontrer les parents des Indiens avec lesquels j’ai fait connaissance à la ville. Chacun essaye de m’apprendre quelques mots de wari. Ça fait beaucoup rire tout le monde ! Je trouve les Indiens assez réservés, pas très bavards. Petit à petit je connais mieux certains d’entre eux et on passe de bons moments. Les enfants, qui sont eux aussi en vacances, sont de moins en moins timides avec moi, et passent de plus en plus de temps à jouer en ma compagnie. Les familles nous invitent à partager leur repas, je demande à Leticia (la maman d’Eva) de m’apprendre à cuisiner certains plats. Lorsque tous les hommes se rassemblent pour débroussailler le village, les femmes préparent une énorme chicha et une immense farofa de tortue, présentée dans sa carapace, pour faire la fête le soir.

Ricardo Franco

Après 5 jours passés à Sagarana, nous partons à Ricardo Franco, autre village indien un peu plus éloigné. Les vagues sont tellement fortes que nous devons arrêter le bateau quelques heures pour ne pas chavirer. Une fois arrivés, nous nous rendons dans les familles pour prendre de leurs nouvelles. Sur le chemin, je me régale avec les mangues et goyaves que je trouve. De nouveau, l’accueil des Indiens est au rendez-vous, et nous sommes invités ici aussi à partager une farofa de tortue. Ce petit séjour de deux jours à Ricardo Franco m’aura permis de découvrir un village bien différent de celui de Sagarana, notamment au niveau des maisons construites d’une autre manière.

Préparation de la chicha dans un tronc d’arbre évidé.
Préparation de la chicha dans un tronc d’arbre évidé.
De nouveau Sagarana

De retour à Sagarana, les enfants heureux de nous revoir nous aident à décharger le bateau. Et nous pouvons nous retrouver autour d’un bon dîner composé de bananes frites, de poisson grillé, de farine, de riz, de maïs, de jus de fruits… Je me sens de mieux en mieux à Sagarana, m’attache aux habitants, et appréhende déjà le jour du départ. Le dernier jour j’accompagne Ariram aux champs pour récolter du maïs avec lequel elle fera de la chicha. Les moustiques se réjouissent de ma venue, il y en a des centaines ! Nous transportons notre récolte dans des paniers en appui sur notre front et notre dos. La dernière soirée est pleine de joie et d’émotion, je parle longtemps avec Cristina (la maman de Celso), sa famille, et quelques jeunes. Le lendemain matin, nous partons très tôt pour rentrer à Guajará. Je suis à la fois heureuse de rentrer, pour pouvoir raconter cette aventure à ma famille et quitter les moustiques, mais aussi triste car je ne sais pas quand je reviendrai dans cet endroit que j’ai tant aimé… Sur la fin du voyage, la pluie, le vent et l’orage arrivent. Il y a des vagues, les hamacs se balancent, le bateau tangue, je ne suis pas rassurée… On arrive finalement à 22 h 30.

Espérer revenir

J’ai beaucoup aimé ce voyage. Cela m’a fait du bien de découvrir cette manière simple de vivre, et ça m’a permis de me rendre compte que ma carrière de médecin sera peut-être différente de celle que j’imaginais. Les Indiens m’ont demandé de revenir quand j’aurai fini mes études pour travailler ici. Mais je leur réponds que j’en ai encore pour longtemps, et que je ne sais pas quelle sera ma situation dans 6-8 ans. Si au début ça n’était pas forcément évident car on parlait peu, je me suis rapprochée de quelques personnes petit à petit, et ça ne m’aurait pas déplu de rester plus longtemps. J’espère pouvoir y retourner un jour, seule ou avec Maman, pour revoir nos « amis du bout du monde ».
 
Pierre-Léon, doux rêveur et homme d’action Version imprimable Suggérer par mail
23-10-2016
Pierre Léon Vitoux
Pierre Léon Vitoux
Grand ami de Gilles de Catheu, Pierre Léon Vitoux fut aussi celui des Indiens et de Lettre d'Amazonie. Amitié partagée avec sa femme et leur fils Noé qui vint plusieurs fois dans le village de Sagarana, y tourner un court-métrage Pierre Léon vient de décéder brutalement. Voilà ce que dit Gilles de Catheu de son ami.
Ce matin, comme tous les dimanches matin, Eva a présenté le programme radio « La voix des Peuples Indiens », suivi du petit-déjeuner sous le chapeau de paille du Cimi. Elle et Piau partageaient ma tristesse. Ils avaient connu Pierre-Léon en 1995 quand il était allé à Sagarana avec Noé, mon filleuil âgé de 11 ans.
Je leur ai parlé de PL, de sa longue maladie à l´âge de 25 ans et, quelques années plus tard, de la joie partagée à l´annonce de la guérison définitive. Mais la radiothérapie qui avait assuré sa guérison abîma ses coronaires et fut responsable de l´infarctus fatal.
J´ai d´abord connu Nicole. Nous avions rejoint 5 étudiants qui avaient le même projet de vie communautaire. Quand elle connut PL, elle nous quitta. Nous avons vite apprécié notre « beau-frère » avec sa simplicité, son style artiste et rêveur, son calme et sa douceur. Renan qui était athée n´avait-il pas écrit de Jésus « Le doux rêveur de Galilée » ? Tout comme pour Jésus, il ne faut pas se méprendre, car si PL était un doux rêveur (qui deviendra « le doux rêveur de Gap »), il était avant tout un homme d´action.
La lenteur de ses gestes et de sa parole allait de pair avec une intelligence sensible et une grande détermination. Un large sourire ponctuait ses phrases qu´il terminait souvent par une question. Il nous écoutait le menton porté en avant, soutenu de la main comme un fumeur tient sa pipe. Il nous partageait ses auteurs préférés (Dietrich Bonhoffer…). Il aimait la montagne et la marche. Objecteur de conscience, il vécut 2 ans dans une communauté à vocation artistique tournée vers le théâtre social.
Ingénieur en électricité, il a préféré s´investir à l´APF (durant 20 ans) plutôt qu´à EDF. Il ne se ménageait pas. Son travail était une vocation, une passion. Aussi, ce fut difficile de débrancher. C´est pourtant ce qu´il dût faire après son premier infarctus. Mais sa vie ne pouvait se résumer à marche-vélo-fauteuil. Ses activités extra-APF ont pris le relais et se sont multipliées… Dans l´accueil et la défense des étrangers et aussi dans la promotion du cinéma et de la culture. Tout ça sans perdre de vue ses enfants dispersés.
À mon retour de coopération (1984), PL me posa une question pas banale : « Gilles, crois-tu possible l´amitié avec un indien ? ». Cette question sous-tendait son crédo : « l´amitié entre les peuples, l´amitié entre des hommes de culture différente. » Noé venait de naître. C´est avec joie qu´il verra son fils lier amitié avec des Wari de Sagarana et y faire un court-métrage qui remportera des prix. Depuis 33 ans, lui et Nicole m´accompagnent de près et me soutiennent.
J´ai revu PL pour la dernière fois début septembre à Paris avec Nicole, juste avant la cérémonie de remise du diplôme de Sciences Po à Anciane. Ils étaient rayonnants. Même si une ombre planait : la conscience que la vie de PL ne tenait qu´à un fil.
Après m´avoir écouté, Eva me dit posément : « Ton compadre est un missionnaire ! ». J´y avais justement pensé deux heures plus tôt au cours de la messe de ce 23 octobre, la « Journée Mondiale des Missions ».
 
Loué soit Dieu Version imprimable Suggérer par mail
27-08-2015
Voici des extraits du très beau message laissé par Osmar le matin de son retour au Brésil, après un séjour d’un mois en France.

Osmar
Temps de méditation sur un balcon alsacien.
Au revoir

Ce matin, pour clôturer mes vacances en France, j’ai concélébré deux messes et dit le chapelet pour ma famille, mes parents, mes amis et aussi aux intentions que vous tous m’avez confiées. Et c’est avec une clef d’or que je clos mon séjour.

Merci

Je suis reconnaissant, à Dieu de m’avoir appelé à être prêtre, à Dom Geraldo de m’avoir permis ce grand cadeau sacerdotal, à Dom Benedito, à l’équipe de Lettre d’Amazonie, aux religieuses et moniales, aux amis, tous ceux qui m’ont accueilli. Tous les coins de France que j’ai pu visiter, les rencontres que j’ai faites, m’ont affermi dans ma vocation et ont fait grandir ma foi. J’ai été fortifié dans mes convictions d’une nécessaire unité entre les peuples et les nations, et de l’importance de la fraternité. En découvrant l’histoire de la France, j’ai mesuré le côté éphémère de la vie et pris davantage conscience de ce qu’est l’Éternité dans le Christ. J’ai essayé de faire de ce voyage, un parcours spirituel. Et je n’ai pas oublié tous les prêtres du diocèse, les religieuses, les diacres, les séminaristes, les fonctionnaires du diocèse, de la Radio, du Despertar, tous ceux qui m’ont aidé à réaliser ce voyage (entre autres Régis), le père Renato qui a pris le relais au séminaire pendant mon absence, les responsables des communautés ; tous ceux qui m’ont accompagné par leur prière.

Merci, Merci, Merci

Que Dieu soit loué. Tout est grâce et don. J’embrasse la Mission avec encore davantage d’amour et d’humilité.
Merci beaucoup (en français dans le texte).
 
Encontro – Marie Ange Version imprimable Suggérer par mail
30-07-2014
Dans la revue d’été nous avions raconté la merveilleuse rencontre des anciens coopérants de la Mission et annoncé certains témoignages. Voici celui de Marie Ange Bourdeleau qui vécut à Sagarana, auprès des indiens, de 1991 à 1993.
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Encontro – Un week-end merveilleux Version imprimable Suggérer par mail
21-05-2014
Encontro (rencontre) petit mot magique qui comme un fil invisible, permit tout au long de l’année, de renouer avec tous les coopérants ayant travaillé à la Mission entre 1960 et 2000 et tissa un magnifique tableau de souvenirs.
Lire la suite...
 
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