À l’autre bout du monde Version imprimable Suggérer par mail
18-03-2010
Aujourd’hui, il faut 24 heures de voyage non-stop par avion pour arriver au cœur du Diocèse à Guajara, en venant de Paris, en passant par Sao Paulo, Brasilia, Porto-Velho… autrefois un mois par bateau. Il y a quelques années en arrière, le survol de cette partie du Brésil fut un enchantement, surtout à la saison sèche où tous les ipées fleurissaient. Puis de longues bandes brunes ont apparu : la déforestation…
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À l’Ouest du Brésil, en Amazonie, dans le Rondonia, une Mission

Vestige de la voie ferrée
Vestige de la voie ferrée
Un fleuve, le Mamoré fait sa frontière (sur 1 100 km) entre la Bolivie et le Brésil. De nombreux rapides et remous (cachoeiras) provoqués par d’énormes blocs de pierre dans l’eau, l’empêchent d’être navigable sur tout son cours. C’est pourquoi, en 1878 une voie ferrée commença d’être construite, afin de doubler le fleuve et de pouvoir se rendre de Porto-Velho (où il s’appelle encore le Madeira) à Guajara (le Mamoré). D’où son nom : Madeira-Mamoré (350 km de rails)… Malheureusement le projet se solda par un échec. On dit que chaque traverse provoqua la mort d’un homme (éboulements de terrain, morsures de serpents, malaria, attaque d’Indiens délogés de leurs territoires) ce qui lui valut le nom de « petit train de la mort » ! À certains endroits les ponts ont été récupérés pour la construction de la route. Très étendu 90 000 km2 : 1/5 de la France, le Diocèse occupe un territoire grand comme le Portugal. Éloignée de tout Centre, la ville la plus proche se trouve à 350 km ; Sao Paulo à 3 500 km. Autrefois une piste en terre de Porto-Velho à Guajara (facilement 12 heures de bus). Maintenant 4 à 5 heures de bus, 3 heures en taxi. La route est goudronnée. Le climat en ce coin du Rondonia y est  tropical avec une saison chaude et sèche, et une autre chaude et humide. La végétation reste à certains endroits luxuriante. Dans les parties de forêt non encore défrichée, on trouve en grand nombre des strelizzia encore appelés communément : oiseaux de paradis. Les châtaigniers du Para, arbres pouvant atteindre 40 m de haut, sont les géants de la grande forêt. Leur frondaison dépasse de loin celle des autres. Leurs fruits contenus dans une coque extrêmement dure, tombant de cette hauteur, sont capables d’assommer un homme. On peut trouver ces fruits en France sous le nom de « noix du Brésil ».

Le Divino ou fête du St Esprit
Le Divino ou fête du St Esprit
Sous l’effet du feu et donc aussi de l’assèchement des zones marécageuses, les animaux se replient à l’intérieur des sous-bois de la forêt primaire, mais araignées (mygales, tarentules), petits lézards, moustiques, abondent à la saison des pluies.

Le diocèse compte 220 000 habitants dont des migrants (essentiellement du Parana), venus du Sud du Brésil depuis 1970, des descendants de Noirs (Africains ayant fui l’esclavage), d’Indiens, de seringueiros (extracteurs de caoutchouc) et de garimpeiros (chercheurs d’or et d’améthystes), ces deux derniers moins nombreux actuellement, de Boliviens (la frontière n’est pas loin). Sur les rives du Guaporé (affluent du Mamoré) les Noirs perpétuent, le jour de la Pentecôte selon un rituel datant de 1330 (Sainte Élisabeth du Portugal), la fête du « Divino », Saint Esprit. La première célébration remonte à 1894 ; elle continue jusqu’à ce jour. C’est une des fêtes les plus importantes et les plus impressionnantes de ce coin d’Amazonie (extrait du livre du Père Gérard Verdier : Au cœur de l’Amazonie, l’Église des pauvres page 74).

La forêt brûle
La forêt brûle
Des problèmes endémiques

Le problème de la drogue

La proximité de la Bolivie en favorise le passage. Les prisons regorgent de petits trafiquants (hommes, femmes, adolescents parfois). Mais les « gros bonnets » commencent enfin à être inquiétés.

La déforestation

Elle se faisait  à un rythme effréné : 700 % entre 2006 et 2007 (voir la Lettre d’Amazonie N°182). Des mesures commencent à être prises pour limiter l'exportation inconsidérée du bois,  mais.....La  construction de barrages sur le Mamoré ( depuis 2010) n'est pas en faveur  de la protection de la forêt.

 
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